La neige de Harvard souligne aussi l’arrivée d’Obama

Yes we did

Lieu: bibliothèque Widener, la plus grande de tout le campus où je passe de beaux jeudis soirs à travailler dans un coin sombre, le nez coulant et les doigts gelés (coudon, est-ce que c’est illégal de chauffer une salle de lecture?).  Bon, mais cette intervention de neige m’a réconciliée à jamais avec Widener et son escalier monumental, reconnu pour être une trappe à touristes (pourquoi ils veulent tous s’y faire photographier?)  

Souvent, les douaniers qui doivent tamponner mes papiers quand je reviens aux États-Unis me félicitent d’étudier à Harvard.  C’est dit gentilment, alors je les remercie.  Mais s’ils me voyaient aujourd’hui, buvant un deuxième cappuccino, assise devant mon écran, avec un énième travail à finir, les cheveux grichous, le nez tapissé de points noirs, et les pieds froids, ils m’offriraient plutôt leurs condoléances.  

Mais hier, j’ai mis mes pieds dans les traces d’Obama.  Alors pieds froids ou non, ils sont historiques, mes pieds.  Comme la plupart d’entre vous, j’ai voulu assister en direct à l’inauguration de celui qui a marché sur le même campus que moi il y a une quinzaine d’années (ou bien est-ce moi qui le suit… en tout cas, si ça me fait plaisir!)

Biscuits de Dudley HouseJ., S., E. et moi nous sommes donc retrouvées dans la “glorieuse” Dudley House (là où l’on sert les infectes repas que j’ai dus avaler chaque jour l’an dernier) qui diffusait dans ses salons la cérémonie.  La maîtresse des lieux avait, pour l’occasion, confectionné des biscuits de circonstance. 


Conclusion: un peu trop de sucre pour mon petit sang hypoglycémique.  




Nous étions donc debouts, un sandwich dans une main et un livre dans l’autre (c’est quand même la semaine d’examens!!), les yeux rivés sur l’écran, silencieuces.  

Regarder Obama

Pourquoi Obama a-t-il cette capacité de nous donner le goût de se réunir, de se rassembler?  Il faut dire que Dudley, c’est le centre social des étudiants aux cycles supérieurs, i.e. pour la plupart étrangers, comme moi.  Nous allions donc voir le discours d’Obama… par soulagement, je crois.  Pour partager notre soulagement de voir George W. Bush partir – merci à CNN de nous avoir fait rire, d’ailleurs, en décrivant la scène: ‘Maintenant, Obama reconduit Bush à un hélicoptère, et il quittera sur le champ.’  Tout le monde a ri, en tout cas dans la salle où je me trouvais.   

Mais c’est plus fort que ça, il y a autre chose : j’ai quand même mangé un biscuit trop sucré peint aux couleurs des USA!  J’ai l’impression qu’on vit un changement de paradigme, un changement de génération, d’époque.  (J’ai la même impression dans mon champ de recherche – dépassons le paradigme foucaldien! – mais ce serait trop long à expliquer.)  

En tout cas, ce qui est sûr, c’est que les petits étudiants internationaux de Harvard qui vont manger des biscuits gratuits à Dudley House – seulement parce que c’est gratuit, pas parce qu’ils sont bons – se reconnaissent dans le nouveau président, dans son histoire du moins.  Nous sommes tous délocalisés, migrants à notre façon.  Peut-être que c’est dans ces amitiés improbables que se construisent les futures politiques internationales.  

Miam miam Obama!

Miam Obama

La Malva

Les corps mobiles et les douaniers philosophes

Comment résumer ces quelques mois où j’ai laissé mon blogue en jachère… Ma vie a été depuis cet été ponctuée de déplacements, faisant de moi un sujet de plus en plus mobile.  Voici donc, en guise de synthèse, et afin de nous permettre de reprendre le contact, quelques questions philosophiques posées par les différents douaniers à qui j’ai eu affaire.

Tunisie

Tunisie

Juin – Monastir (Tunisie), vers Amsterdam

Romeo et moi rentrons calmement vers notre petit nid amsterdamois après une semaine sur le bord de la mer, où nous avons célébré notre 5e anniversaire en lisant au son des vagues et des gamins du coin qui jouent au foot.

Le douanier nous demande combien nous avons d’argent sur nous.

  • Catherine: Environ 10$
  • Douanier: Ah.  Vous pourriez pas me le donner, vous savez, j’en ai besoin.
  • C et Romeo: Hein? (rires nerveux)  Euh… c’est qu’on pensait prendre un café de l’autre côté…
  • D: C’est pas bien quand même, de pas vouloir m’en donner un peu.  Avec les enfants, vous savez…

Euh… c’est juste que c’est bizarre de donner de l’argent à un douanier.  Je pense que ça s’approche pas mal de ce qu’on pourrait appeler de la corruption.


Berlin

Berlin

Juillet – Berlin, vers Montréal (connexion aux États-Unis)

Ici, je n’accompagneque ma maman à l’aéroport, elle qui est venue me rendre une belle visite à Berlin — où nous avons pu entendre Obama live dans son discours déjà historique.  Nous sommes donc à l’aéroport, attendant que maman puisse enregistrer son bagage.  Je reste près d’elle, au cas où un peu d’allemand serait nécessaire, mais surtout pour me rassurer qu’elle a bien passé les douanes et pourra attendre son vol de l’autre côté paisiblement.

Ayant une connexion aux États-Unis, une contrôleure américaine vient l’interroger, mais refuse que je reste près d’elle à ce moment.  Me voilà donc de l’autre côté du ruban, captant des bouts de ce bizarre interrogatoire.  Ma maman est toujours passée pour une personne des plus innofensives aux yeux des douaniers, mais pas cette fois ci : il faut en cela remercier le tampon complètement en arabe acquis en Mauritanie.

Le ton de l’interrogatoire change, la douanière n’arrive pas à comprendre pourquoi quelqu’un irait dans un tel pays.

  • Où habitez-vous?  Votre addresse.  Pourquoi êtes-vous allée en Mauritanie?  Du bénévolat??  Pourquoi faire du bénévolat en Mauritanie???  Vous voulez dire que vous n’étiez pas payée pour y aller???

Pendant ce temps, je suis de l’autre côté du ruban de sécurité, incapable d’aider ma maman qui s’est néanmoins très bien débrouillée.  Mais qui a réalisé avec déception que le monde a changé, et que le profilage racial n’est plus une partie de plaisir.


Août 2008 – Amsterdam, vers Montréal (connexion aux États-Unis)

Puisque j’ai passé 2 mois et demi cet été en Europe, un contrôleur américain m’interroge avant que je puisse entrer dans l’avion Amsterdam – Philadelphia.  Voici donc un grand gaillard, blond mais encore “vert”, à qui l’on a demandé d’évaluer, j’imagine, mon degré de dangerosité.  Apprenant que j’habitais chez mon fiancé, mon controlleur a enfin trouvé un filon pour son interrogatoire.

  • Douanier: Alors, que fait-il à Amsterdam et d’où tire-t-il ses revenus?
  • Moi: Il est artiste résident au Rijksakademie. Il reçoit son financement de cette institution, à partir de fonds publics et privé.
  • D: Le gouvernement hollandais le paie pour faire de l’art?  Est-ce que l’État achète son travail?
  • M: Euh… non.  Ils lui donnent de l’argent afin qu’il puisse travailler librement.
  • D: Ah bon.  C’est quoi l’art qu’il fait pour qu’on le paie juste pour le faire?  De quoi ça parle, c’est quoi le sujet?”

(Ok, ici, je dois préciser qu’en ma qualité d’historienne de l’art, ce sont là deux questions qui ont le potentiel de surgir en examen, c’est-à-dire que je ne peux pas formuler de réponses simples puisqu’elles touchent à des réflexions profondes que j’abordent tous les jours dans mon travail.  Et pour ceux qui connaissent le travail de Romeo, c’est un peu difficile à résumer simplement, surtout à un douanier blond plein de bonnes intentions, mais complètement innocent en matière d’art.)

  • M: Euh… c’est un peu difficile à expliquer.  You know, it’s art.
  • D: (rires du douanier) ouais, c’est vrai.  Ok, c’est bon.  Have a nice trip.


Paris, vue du Louvre

Paris, vue du Louvre

Octobre – Paris, en provenance de Boston

Ici, rien à signaler.  Les douaniers de Charles-de-Gaulle sont les plus relax (ou nonchalants).  Aucune question, aucun tampon dans le passeport.  Seulement un sourire.  Oh, et un passager sur mon vol qui m’a complimenté sur mon français!!!  Ah… ça recommence.  Non mais, c’est complètement condescendant de complimenter une Québécoise sur la qualité de son français.  Come on! Je suis francophone.  En tous cas.


Amsterdam

Amsterdam

Décember – Amsterdam, vers Boston

  • Douanier: So, you’re going home?

Voilà une question d’une portée philosophique que jamais ce jeune et fringant douanier hollandais n’aurait soupçonnée.  Home… Voilà un concept dont les contours se sont embrouillés dans mon cas.  Où est ma maison?  Certainement pas Boston… je n’y suis que de passage, et dans ma chambre que depuis quatre mois.  Ma maison serait au Québec, mais en même temps, elle n’est nul part en particulier.  Soudain, l’espace d’un court instant, me voilà debout, au milieu d’un autre aéroport, quelque part au monde, trainant mon petit bagage, et méditant sur le sens que home a pris pour moi au cours des années.

  • M: Euh… yes.  I mean… well, yes.

Le douanier tamponne alors mon passeport.  Me voilà libre de continuer à circuler. Mais je ne suis pas certaine encore d’avoir dit toute la vérité à ce valeureux douanier.

La Malva

Des bleus au coeur

Les bleus se sont fait massacrer…

C’est la fièvre du foot qui envahit l’Europe. Après un retournement inespéré des Turcs qui ont fait pousser des drapeaux à toutes les voitures qui klaxonnaient dans les rues de la ville. Romeo et moi nous y sommes mis aussi.

Bière et Cooler... Les Bleus sont toujours vivants

Bière pour monsieur, liqueur à la lime pour madame, nous nous sommes installés avec plat de fraises devant l’écran. Romeo crie “Allez les bleus” pendant que je décide de soutenir les valeureux Néerlandais, question de rendre hommage à notre ville d’accueil. La ville s’est d’ailleurs couverte d’orange, la couleur nationale. C’est fou ce que le foot peut faire pour l’orgueil du pays.

Rien à faire, les Bleus sont morts

Et dans le cas qui nous occupe, c’est un orgueil mérité. Quel massacre! Les bleus se sont fait humilés par les Dutch qui n’en ont fait qu’une bouchée. Ils sont grands, polis, rasés et maigres. Les Italiens nous avaient semblés plutôt fougueux, et le guardien… quelle gueule! Sans parler du drôle de coach des Grecs. Mais les Français, quelle débandade!

Maquereau fumé

Nous avons clos la soirée avec du maquereau fumé – enfin, j’ai fait ma part pour honorer ce mets typique puisque Romeo n’est pas friand de ce type de poisson.

Pour nous remettre des émotions des soirées foot, des amis d’Amsterdam nous ont invités à nous évader avec eux en ce beau dimanche après-midi dans les bois de Haarlem qui bordent la mer. On y trouve toujours des abris datant de la deuxième guerre, enfouis dans le sable des dunes. Mangeant de bons sandwich au thon préparés par notre chauffeur, des cerfs se sont approchés, calmes. Il ne doit plus y avoir beaucoup de jeunes pousses dans cette forêt foisonnante de cervidés bien trop acclimatés à notre présence.

Les bois d\'Haarlem

Je lis présentement “Une femme à Berlin”. Le récit, anonyme, est tiré du journal véritable d’une Berlinoise captive d’une ville envahie au printemps 1945 par l’armée rouge. Le texte, tabou en Allemagne jusqu’à tout récemment, est celui de la survie des Berlinoises, incessamment violées par les soldats russes, certaines s’adjoignant un officier “ennemi” afin de s’éviter les agressions à répétition. On cachait les jeunes filles convoitées dans les greniers, cachait l’alcool qui rendait les soldats fous, tâchant de subir l’inévitable en échange d’un peu de nourriture. La guerre est horrible, et il n’y a pas que les soldats qui l’ont faite.

Départ pour la Tunisie: samedi soir. J’ai hâte de regarder la mer, les couchers et levers de soleil, d’écrire tranquillement, de bien manger. Et de célébrer mes 5 ans avec mon Romeo. Déjà… comme le temps passe. Et Harvard qui m’a laissé quelques cheveux blancs et des rides autour des yeux.

Ici, on parle aussi des excuses adressées par le gouvernement canadien aux enfants autochtones placés de force dans des pensionnats, humiliés, violentés, aculturés, abusés. Au fond, que connaissons-nous des Amérindiens? Nous partageons le territoire, et leur invisibilité est probante. Que savons-nous vraiment? Ne pourrions-nous pas apprendre le Mohawk, ou le Montagnais à l’école?

Les Berlinoises de 1945 ont subi la guerre en se faisant passer sur le corps, pendant des semaines, par les soldats rouges; les Autochtones des pensionnats ont craint leurs gardiens qui, dans l’isolement des murs de leurs institutions parrainées par le gouvernement canadien, ont subi l’abus, physique, sexuel, psychique. Pourtant, on omet d’écrire ces histoires. Quelle histoire nous a-t-on enseignée, à qui profitent tous ces oublis?

La Malva

Romeo mon héros

Ce n’est pas dans mes habitudes, mais j’étais si heureuse de lire la critique de Jérôme Delgado publiée dans Le Devoir de cette fin de semaine du travail que Romeo présente ces jours-ci au Musée d’Art Contemporain de Montréal que je vous en copie un extrait:

“L’exception, et coup de coeur de toute l’expo pour plusieurs, concerne les photos et l’installation vidéo de Gongora. Les portraits grand format à travers lesquels Rui, Nico, Glen et d’autres prisonniers accusés d’homicide ou de violence se mettent à nu ont certes un aspect troublant et poignant. Aussi, le dispositif vidéo est soigné, faisant alterner les témoignages entre de lents fondus au noir et des bruits rappelant la réalité de leur monde. Un monde qui demeure de l’ordre de l’irréel, de l’imaginaire, à l’instar de l’identité même de ces individus.”

Expo Romeo _ Le Devoir

Vous avez remarqué le “coup de coeur de toute l’expo pour plusieurs”?  Et la photo accompagnant l’article est de Romeo (merci à ma maman pour le scan).  Ça fait du bien au moral tout ça, surtout que ça fait suite à d’autres bonnes critiques publiées dans le Voir, notamment.

Je suis en un morceau à Amsterdam, j’ai ma vieille bécane et mon petit bureau de travail dans l’atelier de Romeo.  En quelques minutes, tout m’est revenu: les lieux, les odeurs, même les emplacements des fromages à l’épicerie.  C’est comme si je n’étais jamais partie…  Et on peut acheter du vin n’importe où sans devoir montrer son passeport pour prouver son âge comme à Boston.  Non mais!  Me voici moins insultée.

La Malva

La dispersion des cieux

Au large de l’océan Atlantique, j’ai marché sur l’île de Gorée. Le passé esclavagiste de cette enclave de terre rocheuse, alors cernée de requins attirés par le sang des Yoruba sautant des bateaux pour ne pas atteindre l’Amérique, est réduit à une carte postale. Mes pieds trainant sur le sol se souillent rapidement du sable qui envahit tout. Les pieds rouges on atteint le petit sommet de la colline, au bout de l’île. Les conversations s’effacent dans ma mémoire. Ne me reste que le son du djembé d’un garçon assis au bout du rocher, et le souvenir d’un chat maigre marchant au seuil de l’île aux esclaves où maintenant les petits jouent au foot dans des nuages poudreux. Le soleil descend sur Dakar et les flots de la mer attrapent tant de cette lumière transversale que tout m’éblouit.

Aujourd’hui je vole entre Montréal et Philadelphia et je voudrais sauter dans cette mer de nuages comme une Yoruba pour ne jamais atteindre les états-unis.

Une vie ne tient jamais dans une valise. Avant de partir à Dakar, questionnée sur la sécurité au Sénégal, notre professeure nous avait conseillé – à titre de principe général – de ne rien apporter dont nous regretterions la perte. La seule chose à laquelle j’ai pu penser était mon alliance. Je l’ai laissée sur le coin de mon bureau; or, à tout moment un geste involontaire de mon pouce gauche palpant mon annulaire me rappelait son absence. J’ai réalisé que ce n’est pas à cet anneau de métal que je tenais, mais à sa présence ronde et solide autour de mon doigt qui me rappelle que mon chéri est quelque part au monde. Je crois maintenant que je ne regretterais la perte d’aucun objet. Il y a des présences qui échappent au matériel.

Alors me voici entre deux cieux, dans un avion pris dans un nuage gris. Quand j’étais petite, je faisais souvent ce rêve où je tombais dans un bassin rempli de boules d’ouate. Cette ouate est ici turbulence… Je pense à l’hiver, à une soirée passée dans la cour d’entrée, sous un lampadaire brillant qui m’obnubile. Coincée dans un habit étroit et déjà humide, je me laisse tomber dans le banc de neige, laissant les gros flocons heurter mon visage en le piquant. Tous les espaces sont condensés dans cet éternel blanc.

La Malva

Ma vie en un jour

J’ai l’impression de vivre dans le film Le jour de la marmotte…  Je suis coincée dans une boîte temporelle qui se répète à chaque jour.  On avait réécouté le film, Romeo et moi, l’an dernier, sur le canapé à Amsterdam.  Un théoricien Libanais était de passage au Rijskakademie et avait suggéré ce film – question de réfléchir sur l’espace-temps.  Romeo, en grand artiste cultivé et reclus, n’avait pas vu la pièce Bill Murayienne.  À moi, donc, de parfaire sa culture populaire.  J’avais vu le film au ciné, avec des amis du secondaire.  À l’époque, il était de bon ton de payer une entrée, mais de se faufiler de salle en salle pour en voir d’autres.  On vivait comme on pouvait j’imagine.

Bref, je vis dans le Jour de la Marmotte… jusqu’à mardi du moins.  Je pars dans moins de 2 jours à Dakar.  Je n’y comprends rien.  Je suis toujours dans mon bureau, avec un travail à terminer qui me pend au bout du nez.  Et puis des examens, des travaux longs à écrire…  Enfin, j’imagine que je ferai tout d’ici le 20 mai.

Mais j’aurai ma brèche dans le temps, mon escapade en dehors de mon jour de la marmotte.  Mon frère Martin m’a dit une grande parole aujourd’hui: quand on a trop de travail, on vit dans l’instant présent.  Voilà, je suis forcée de vivre l’ici maintenant sinon je vais me mettre à paniquer (comme je l’ai fait la session dernière).  Trop de travail, c’est trop compliqué, trop difficile.

Et puis soudain on se dit: tout cela n’est rien.  Tout cela n’est que du vent.

Voilà mon guide de survie, alors que ma première à Harvard s’achève.  Me détacher de Harvard.  Parce que ces idées de grande université ne m’ont pas aidée à traverser les doutes profonds qui m’ont rendu la vie difficile.  Au contraire, moins je pense que c’est important Harvard, mieux je me sens.  Quel grand bien ça me fait, à tout dire!  Quelle libération!  Et puis je peux me concentrer sur mon travail.  Quand j’angoisse, maintenant, je me dis que rien de tout cela n’est important.  Que je peux flotter au dessus de tout cela.  Je ne pense pas à une carrière, aux bourses à demander l’an prochain, à mon dossier, à ceci, à cela.  Je me dis que je dois vivre ma vie avec grâce.  Et suivre mon destin.  Ne pas me limiter avec des plans.  On verra bien où la vie me mènera.

Je manque de sommeil, les dernières semaines ont été difficiles.  Les nuits de plus de 6 heures n’existent plus.  Quatre doit bien être la moyenne.  Je dormirais bien une semaine, sans me réveiller.  Voilà pourquoi tout devient si intense: c’est un état de survie.  Et en état de survie, ce qui nous sauve, c’est de se détacher de ce qui vient, et même de ce qui arrive.  Ne reste plus que soi, et sa tête pleine d’images, de pensées.

Et les étudiants en droit qui ont transformé ma patinoire que je voyais depuis ma chambre en… terrain de volleyball de plage.  Adieu poésie de glace, bonjour musique gossante et hot-dog pendant que j’étudie dans ma chambre.  Quelqu’un a même planté une tente, que j’ai découverte en me levant tôt un dimanche matin.  La photo est prise depuis la cuisine alors que je me préparais un café.  Suis-je vraiment réveillée?

Tente

Je regrette maintenant de ne pas avoir documenté la pousse miraculeuse du gazon.  Il y a deux semaines, tout n’était sur le campus que terres brunes déséchées.  Puis, un matin très tôt, ils ont tout recouvert d’une substance blue poudreuse.  Harvard Yard était bleu!  Et aujourd’hui… L’herbe a poussé partout, dense, verte fluo.   Je n’irai plus jamais m’asseoir sous un arbre devant la Law School pour lire les chaudes journées d’automne.  F-i-i-n-i-i.

La Malva

Dak’art

Ouf! j’ai négligé mon blogue. Toutes mes excuses!

C’est maintenant confirmé: je pars pour Dakar dans quelques semaines! La fondation Rockefeller a donné des gros, gros, gros bidous au département d’histoire de l’art de Harvard destinés aux voyages d’étude alors tous les profs démontrent des trésors d’inventivité. Comme je fais un séminaire portant sur l’art contemporain african, eh bien pourquoi ne pas aller à Dakar, Sénégal, puisqu’il y a une biennale d’art contemporain au mois de mai????

J’ai été sélectionnée – j’ai mis tout mon coeur dans le petit texte expliquant mes motivations pour participer au voyage. Héhé! J’aime bien la prof: elle est super dynamique, c’est une des grandes spécialistes d’art africain aux EU, et elle est vraiment sympa. Bref, du 6 au 14 mai j’y serai, le tout payé par Rockefeller, y compris l’hôtel class, les repas, l’avion, les vaccins, les déplacements… C’est juste avant la remise des travaux, alors ça me complique un peu la vie pour la fin de session. Mais hé! qui s’en rappellera dans 10 ans! Tandis que Dakar! Wow! Je suis allée en Algérie quand je faisais ma maîtrise, mais sinon je ne connais pas grand chose de l’Afrique.

Finalement, ce n’est pas vraiment différent de n’importe quelle bonne université ici – c’est seulement que tout le monde connaît le “big H” (quelqu’un m’a refilé cette expression pour parler de Harvard comme on parlerait de Voldemor: simplement dire le nom provoque une telle réaction que parfois c’est mieux d’éviter). Mais my god qu’ils ont de l’argent! Et aussi j’ai le sentiment que ce que je fais est respecté – c’est parfois difficile de justifier l’histoire de l’art ailleurs comme discipline dans laquelle il est intéressant d’investir. Pas que ça n’aie (ça s’épelle bien comme ça? j’espère ne pas trop perdre mon français!!) jamais changé quoique ce soit dans mes choix, mais ça fait du bien d’avoir des gens qui sont curieux de connaître le résultat de mes recherches sur la décapitation à la fin du 18e siècle dans la culture visuelle et ses ramifications dans l’art germanique de l’après-guerre! (Bon, je vous promets que mon sujet de thèse sera quand même moins violent!)

J’ai eu de la belle visite de mon chéri après mon anniversaire. On a passé nos journées à la bibliothèque, mais c’était romantique! J’en ai profité pour terminer le foulard de laine (celui que j’avais malencontreusement passé dans la balayeuse) afin qu’il puisse l’apporter avec lui à Amsterdam pour ses ballades en vélo. Je l’ai photographié, foulard au cou, alors que nous mangions des gâteaux dans un café minus de l’aéroport de Boston avant que ne parte son avion… Nous somme devenus des pros des aurevoirs, et je connais le chemin entre l’aéroport et harvard par coeur maintenant! Notez aussi le foulard de Romeo junior, mon fidèle compagnon, par procuration, qui a pris la relève de ma vie affective après que Romeo eût passé les grilles de la sécurité.

rom

Le chanceux, il a passé les deux dernières semaines à Rome dans une villa du parc Borghese, à titre d’envoyé du Rijksakademie avec 3 autres collègues. Ils ont fait des visites et parfait leur culture. Rien de trop beau pour la classe ouvrière, et puis tout ça sur le bras de la reine Beatrix!

En prenant une marche cette semaine sur le bord de l’eau, j’ai attrapé cette scène typique. How “american college” is that!

canoe

En ce qui concerne les résidences, eh bien je me suis fait volé tous mes fruits congelés. Il devait bien y en avoir pour 15$. Ce n’est pas si grave, seulement la deuxième fois, la voleuse a vidé le sac en laissant quelques bleuets au fond et l’a remis au congélo. Eurk! Et c’est encore plus insultant, il me semble! Beaucoup de nourriture a disparu des congélos en fait cette semaine. Mais que faire? Nous soupçonnons une souris super entraînée capable d’ouvrir les congélos et qui rafole des sucreries (la crème glacée a tendance à disparaître aussi…) Et j’ai trouvé un motton de cheveux dans l’évier de la cuisine?!?! Ça doit être la sorcière, encore.

Il y avait un article dans le New York Times en fin de semaine sur les protestations durant les JO concernant le Darfour et le Tibet qui sont promues par un groupe que représente Mia Farrow. C’était très intéressant. Leur approche est songée et assez nuancée: ils ne semblent pas demander le boycott maintenant, mais plutôt la contestation, l’affirmation, la protestation. Et puis ce qui s’est passé dernièrement au Tibet me brise le coeur. J’ai une amie qui est bouddhiste pratiquante et c’est difficile d’imaginer plus grande pacifique. Wow, le génocide culturel au Tibet est vraiment inacceptable. Bon, avec tout ça, c’est délicat d’afficher sa contestation quand 90% de mes voisines sont Chinoises. Je ne sais pas quel est leur opinion en général sur cette question. Je vais essayer d’en savoir plus. Sinon, en dehors de mes journées de travail, je vais marcher dehors, je fais du yoga, je mange, et je potine avec mes copines. Nous essayons de former des couples. Mais honnêtement, la plupart des gars autour de moi sont gays alors c’est plus compliqué pour les copines célibataires. Mais c’est génial pour moi puisque j’ai déjà mon chéri et que j’ai plein d’amis qui ont du goût.

À bientôt!

Je sais, je sais, je vais essayer d’écrire plus souvent grand-maman!!

LaMalva

La malade, le gosse de riche et le quêteux

Suite des gougounes oranges…

J’ai croisé la responsable de mon plancher aux résidences ce soir, et elle me dit alors d’utiliser les toilettes d’un autre étage de notre édifice parce que les nôtres sont souillées de vomissures et de sang…  Alors je lui ai mentionné mon dilemme de la semaine dernière.  C’est en train de devenir sérieux.  1: eurk!  2: ouf, quelqu’un a vraiment besoin d’aide.

Je ne veux pas faire de la psycho à 5 sous, mais il me semble que de vomir visiblement dans les 4 cabinets de toilettes dans la même journée est une façon de crier très fort à l’aide, de mettre en scène sa détresse aux yeux de tout l’étage.    

Ce matin, comme il pleuvait des cordes, plutôt que d’aller à la bibliothèque des Beaux-Arts, je suis allée à celle de la faculté de Droit qui est juste en face de mon dortoir – eh oui, celle-là même où sont passés plein de présidents.  Les chaises sont incroyablement confortables.  Le soutien dorsal est flexible et ferme à la fois, toutes les parties peuvent pivoter, s’incliner selon les mouvements du corps.  Wow!  Ce soir, j’ai soupé dans un petit café en avançant mes lectures pour un cours d’art japonais.  Il s’est avéré que le coin que j’ai choisi est aussi celui des semi-itinérants qui trainent dans Harvard Square – qui s’est d’ailleurs vidé de ses sympa lieux de rassemblement pour être envahi par les banques!  J’ai bu mon thé, mangé mon bol de riz et mon brownie tranquille, en surlignant frénétiquement mes feuilles, mon i-pod vissé sur les oreilles.  L’un des convives assis près de moi m’a demandé ce que je lisais lorsqu’en se relevant il a poussé involontairement ma chaise.  C’est toujours un peu inconfortable ce genre de situation, surtout pour une fille toute seule.  Mais finalement pas tant que ça.  Je lui ai répondu que je lisais sur l’art japonais.  Il m’a demandé alors plein d’étonnement: tu comprends le japonais?  J’ai souri, je l’ai trouvé sympa.  Je lui ai dit que non en riant.  Et il s’est dirigé en titubant vers les toilettes.  

Voilà ma journée, entre la prestigieuse (prétentieuse?) faculté de droit, remplie – entre autres – de gosses de riches qui ne connaîtront probablement jamais qu’un monde sans misère matérielle, et le café du coin où viennent socialiser les quêteux du square.  J’espère n’instrumentaliser ni l’un, ni l’autre, mais je suis heureuse de vivre entourée des deux, de ne pas trop m’enfermer dans un monde bourgeois, parce que ce serait ridicule de me priver du plaisir d’échanger quelques mots avec quelqu’un qui me fait l’honneur de s’intéresser à moi et de me procurer un sourire de surcroît.  

D’ailleurs le Mr Ménage de mon étage (celui qui m’a servi de thérapeute la session dernière, vous vous rappelez?), depuis qu’il sait que c’est moi qui s’occupe d’aller chercher le New York Times, le dépose devant ma porte chaque matin, comme ça je n’ai pas à sortir dehors en pantouffles.   Que dites-vous de cela?

La misère n’est pas toujours où on l’attend.  Entre les étudiants troublés, malades, sur-caféinés (ou sur quelle autre substance encore?), le sympa quêteux du coin et le merveilleux Mr Ménage de mon immeuble, je ne sais pas trop quelle est la leçon, mais j’essaie de garder mes deux pieds sur le plancher des vaches.  

Ciao!

LaMalva

Des gougounes qui me regardent

Il était 1h20 du matin, après une longue journée de travail, j’étais à faire mon pipi du soir avant d’aller prendre ma douche.  C’est d’abord l’odeur qui m’a intriguée, puis les sons.  La personne dans le cabinet de toilette à côté de moi vomissait, assez discrètement cependant.  J’ai penché la tête, j’ai vu ses gougounes sous le mur: des gougounes oranges de Mickey Mouse. 

Je vis sur un plancher de filles dans le début vingtaine, toutes perfectionnistes, toutes vivant beaucoup de pression et de stress.  Voilà un beau terreau pour les troubles anxieux et de l’alimentation.  Qu’en est-il de la fille aux gougounes oranges?

Je n’ai pas attendu qu’elle sorte des toilettes pour voir de qui il s’agissait – je connais tout le monde sur mon étage, bien entendu.  Et il était 1h20 du matin et j’avais hâte de me coucher.  Je suis plutôt aller prendre ma douche pour réfléchir à tout cela, parce qu’à vrai dire, je n’étais pas certaine de ce que je devais faire.  Est-il vrai qu’il y a certaines choses qui ne nous regardent pas?  

Puis j’ai repensé à une entrevue que j’ai entendue hier à la radio de Radio-Can avec un jeune homme qui racontait les années de torture physique et morale innommable, constante, que lui a fait subir son père-bourreau.  Le garçon, qui avait mon âge, a répondu, à l’animatrice qui lui demandait si de telles situations étaient toujours possibles aujourd’hui, que ce serait que de jouer à l’autruche que de penser que non.  Que ce qui assure que de telles situations perdurent même aujourd’hui, c’est aussi notre habitude de se dire que “ça ne nous regarde pas”.  

Je repensais à cela et je me disais que ces gougounes me regardaient…   Que si quelqu’un sur mon étage souffre ça me regarde.  Maintenant, c’est une chose d’être regardée, c’en est une autre de savoir quelle action prendre.  Pour l’instant, je vais porter attention aux pieds de mes voisines, jusqu’à revoir ces gougounes oranges.  Et probablement profiter d’un moment calme où l’on se croisera pour lui demander comment elle va, comment va sa santé.  Dois-je lui parler de ce que j’ai entendu, de mon inquiétude pour sa santé?  Comment considérer que ça me regarde, sans briser l’intimité de quelqu’un.  En y pensant, pour l’instant, j’ai l’impression que lorsque la santé – physique et mentale – de quelqu’un est concernée, c’est correct de transgresser un peu la vie privée de quelqu’un.  Parce que ça nous regarde, j’imagine.  

 La Malva

Un petit bout de parapluie

J’ai pratiquement terminé la mission “110 livres”.  Je viens de réaliser que c’est pratiquement mon poids… en livres.  Haha!  Quelle métaphore!  J’avais mon poids en livres dans ma bibliothèque.  (bon ok, je pèse quand même quelques livres de plus… ;) )   Tranquillement, chaque jour, je suis soulagée de quelques uns, jusqu’à pouvoir épousseter les tablettes.  Ça me rappelle une expo présentée ici il y a quelques mois, de Felix Gonzales-Torres.  Certaines de ses meilleures oeuvres sont des tas de bonbons.  La consigne est donc de placer dans le musée un gros tas de bonbons emballés dans des papiers brillants bleus, par exemple.  Et ce tas doit avoir disons 62 kg., soit un poids moyen pour un être humain.  Et nous pouvons ramasser l’un des bonbons du tas, le garder dans notre poche, le donner à quelqu’un, ou bien le manger.  Il y a quelque chose de très prenant, je trouve, dans ces tas de bonbons brillants, durs et sucrés, qui pèsent autant qu’un humain, comme autant de fragments évanescents de soi.  C’est ce qu’étaient les livres dans ma bibliothèque, je crois. 

Que de soucis je me fais avec les cours… Je pense chaque matin en me levant à un des quatre travaux que j’ai remis et dont je n’ai pas encore reçu la note encore.  J’ai presque honte de ce travail!  Et je n’arrive pas à me l’enlever de la tête.  Je vous jure que j’essaie.  Je fais de la méditation, du yoga…  Au moins j’ai arrêté de perdre du poids à cause du stress, j’ai même repris les kilos perdus à l’automne grâce à des merveilleuses céréales super santé en forme… de coeurs!  Mioum!  Ce qui est le plus bizarre avec mes cours de la session dernière, c’est que celui qui n’était pas du tout dans mon champ de spécialisation (art ottoman) a finalement constitué la meilleure expérience!  J’ai eu beaucoup de plaisir à faire le travail final, et je suis en amour avec la prof!  Elle est d’une telle grâce, et de surcroît elle est une sommité mondiale!  C’est rare que je rencontre quelqu’un dont j’admire à la fois le travail intellectuel ET la personnalité.  Bref, je l’ai croisé récemment et elle a adoré mon travail, l’a dit à ma directrice de recherche, et m’a donné plein de commentaires constructifs.  C’est probablement la pression en moins qui m’a aidé dans ce cours… Mais call me crazy (encore!), je n’arrive tout de même pas à m’enlever la honte de l’autre travail de la tête.  Je pense que je souffre du syndrôme de l’imposteur – BIG time!  

 J’ai une semaine de fou devant moi, et tout réside dans l’art de ne pas le devenir soi-même. C’est toujours la “shopping week” qui bat son plein.  Je dois faire ma sélection de cours d’ici mercredi.  Et j’ai déjà une présentation à faire jeudi qui vient sur un LIVRE de Freud!  Ah, pourquoi ma main s’est levée en classe pour me porter candidate pour cette présentation devant un super prof allemand d’art contemporain???  Il a juste donné le titre du texte à commenter, je croyais que c’était un article. Il s’est finalement avéré qu’il s’agit d’un livre de 236 pages!  De Freud!  Ça m’apprendra! 

Demain, je vais assister à un cours d’estampes japonaises, et d’art contemporain africain, avant d’aller à mon cours de yoga indien puis de participer au souper du Nouvel An chinois sur mon étage.  Ah oui, et je dois demander de l’aide demain matin à un prof pour trouver un cours d’Allemand à Amsterdam (où l’on parle néerlandais, mais où mon chéri habite!).  Mélangée la fille!

La tempête de neige du Québec était à Boston déferlante de pluie… Transformant le corridor de mon étage aux résidences en champ de parapluies!

parapluies

 

Bonne semaine à tous…

 LaMalva

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