Archive pour septembre 2007

Il n’y a que le coeur qui ne change pas

chaussures

Vous souvenez-vous, du temps où Pauline Marois était Ministre des Finances que l’on montrait dans le journal ses souliers neufs le jour du dépôt du budget?

Lundi matin, c’était ma première journée de cours à Harvard, alors j’ai décidé de mettre mes souliers neufs, moi aussi, et de les photographier. Bon, me voilà prête pour le magasinage! Magasinage de cours, bien sûr! Car cette première semaine de cours est ici appelée “shopping week” : on va à un maximum de cours avant de remettre notre carte d’étude officielle le vendredi avec nos choix. Mais j’ai fait une erreur d’horaire la première journée – ainsi bien que je sois allée à 3 cours lundi, j’ai trouvé le moyen de rater un séminaire que je voulais vraiment prendre. J’ai contacté la professeure dès le mardi matin pour lui expliquer mon erreur (je suis nouvelle et c’était la première journée…) et on s’est rencontrées le mercredi. Je lui ai donc fait part de mon intérêt pour le cours mais il était trop tard : 40 étudiants se sont présentés à son séminaire, elle a donc décidé d’en choisir 15 sur place et c’était fini. Le cours était déjà fermé!! D’habitude, on n’est que 8 ou 10 à se présenter à un séminaire… parfois moins… oh lala! Même si je magasinais toujours, je ne peux pas prendre n’importe quoi – et je devais prendre ce séminaire pour que mon horaire se tienne. Bref, tout s’est compliqué.

Jeudi soir, à 22h12, je reçois un courriel de la prof : “Catherine, you’re in. But you will have to work, though”. Traduction : ok, tu as été convainquante dans mon bureau alors je te prends, mais tu vas devoir justifier ta place en travaillant 2 fois plus fort que les autres!

Ce commentaire ne m’a pas stressée, au contraire. Ça m’a justement donné la motivation de faire de mon mieux! Car j’ai bien besoin de motivation : je fais 4 séminaires complets ce semestre. Pour vous donner une idée, à l’UdeM, on en fait 2 par semestre… En en parlant avec plusieurs amis dans différents programmes, on arrive tous à la même conclusion : ce qui distingue le plus Harvard des autres universités que nous avons connues est la charge de travail qui est exponentiellement plus élevée. Mais bon, on est tous venus ici pour ça, non?

Péripéties des résidences étudiantes de Harvard

… j’ai interrompu l’écriture de ce message car je viens de discuter avec un policier. Nous avons toutes reçu sur mon étage un appel téléphonique entre 3h et 4h du matin la nuit dernière. La police voulait mon témoignage. Car quand j’ai répondu, j’étais un peu dans les vaps et énervée : un coup de téléphone la nuit est soit un faux numéro, soit une mauvaise nouvelle… Mais bon, cette fois-ci le gars était bizarre, disait se sentir seul et dépressif… Après quelques minutes (j’étais encore dans les vaps!), j’ai réalisé que ce n’était pas un faux numéro. Mais j’étais quand même inquiète pour ce garçon. Je me suis mise à lui poser des questions : où es-tu, es-tu correct, que fais-tu, as-tu besoin d’aide? Mais il ne faisait que répéter les mêmes phrases d’un ton neutre… Alors je lui ai dit que je ne pouvais pas l’aider puique je ne le connaissais pas, mais qu’il devait appeler un ami ou un membre de sa famille… Après quelques répétitions, je lui ai dit d’appeler un service d’aide psychologique pour parler. Il a raccroché. Il semblerait que nous soyons une vingtaine, ou plus encore, à avoir reçu un appel de lui cette nuit aux résidences. Bizarre! À votre avis, est-ce qu’une personne en situation de grande détresse psychologique a assez de présence d’esprit et de concentration pour composer, dans une séquence logique, un 20aine de numéros de téléphone différents? Je ne sais pas quoi penser de tout ça, mais maintenant au moins la police essaie de le retracer. Pas besoin de vous dire cependant que nous étions toutes cernées ce matin!

Nous avons aussi évacué l’immeuble deux fois cette semaine car l’alarme de feu se déclenche assez facilement. La première fois, c’était la faute d’une toast brûlée au petit matin et, la seconde, d’un chaudron en métal placé au micro-ondes (remplacé depuis que l’autre avait pris feu il y a deux semaines…) Pauvre micro-ondes, la vie est difficile ici! Pour l’instant, attendre les pompiers en pyjama dehors à 7h du matin ou 10h du soir n’est pas trop mal, mais attendons janvier pour tirer nos conclusions!!

La direction de Harvard offre aussi un nouveau service de SMS : dans le cas extrême où tout le campus devait être évacué, les membres de la communauté possédant un cellulaire pourront recevoir instantanément un message les en informant. C’est rassurant tout ça! Je pense sérieusement qu’ils font ça suite à la tuerie de Pennsylvania Tech le printemps dernier… Je n’ai pas de cellulaire, mais tout le monde en a un. Alors j’imagine que je serai informée si jamais une telle chose se produit.

étude

Voilà, ma vie est maintenant moins glamour : je passe mon temps à lire, faire des photocopies, aller à la bibliothèque. Heureusement j’ai beaucoup d’amis désormais sur le campus, je suis déjà très attachée à plusieurs personnes. Mais cette première semaine a été éprouvante à certains moments, comme je vous l’ai dit plus tôt. Dimanche soir, en rangeant un peu ma chambre avant de me coucher, je me suis soudain dit : “mais dans quoi je me suis embarquée?!”. Sept années d’études difficiles, extrêmement exigeantes et pratiquement en réclusion monastique!! Ce soir je suis soulagée, surtout que j’ai réussi à avoir les quatre séminaires que je voulais et que je suis bien entourée ici si j’ai besoin de prendre un café pour placoter. Je me sens comme au bloc de départ d’un marathon…

Amateurs de sports, bonsoir!

Sous la pression et l’incertitude que j’ai connues cette semaine, j’ai vite réalisé qu’il me fallait trouver des activités qui me feraient du bien, qui me permettaient d’évacuer le stress. Car tout est nouveau : mon environnement, les gens que je côtoie, mon travail, mes numéros de téléphone, ma carte de débit, mes assurances santé… Et tout se passe dans une langue qui n’est pas la mienne. Bref, tout m’est un peu étranger. Comme un de mes privilèges ici est d’avoir accès gratuitement au superbe gym de l’école de droit (non mais c’est moderne quand même!) qui est à quelques pas de ma résidence, je suis allée à un cours de yoga mercredi soir. Ça m’a vraiment aidée à relaxer!! Et vendredi soir, je suis allée à un cours de “Nia” : c’est un mélange de yoga, tai-chi, danse moderne, expression corporelle, danse africaine, arts martiaux, le tout saupoudré d’un soupçon de n’importe quoi et relevé de technique Nadeau. C’est la chose la plus bizarre que j’aie faite depuis longtemps. Il fallait entre autres se mettre à bouger comme un oiseau et se laisser aller. Mettez 25 nerds à lunettes qui font ça ensemble et c’est vraiment surréel!!

charles

Sinon, je vais courir une fois pas semaine. Je ne sais ni ma distance, ni ma vitesse. Mais je sais que je cours 35 minutes pour l’instant. Mon objectif serait d’atteindre 1 heure d’ici la fin de l’année scolaire. Mon trajet est le suivant : je traverse le jardin devant l’école de droit, puis celui du Harvard Yard. Ensuite j’arrive aux berges de la Charles River où se trouve une magnifique piste de course qui longe le cours d’eau. J’y vais en fin de journée et la lumière est extraordinaire. Je vous ai mis une photo de la berge que j’ai trouvée sur Internet (je n’ai pas ma caméra avec moi quand je vais courir).

Ce soir, en rentrant de la bibliothèque, j’ai traversé comme à l’habitude le parc devant l’école de droit qui mène à mon dortoir. Le temps était magnifique alors je me suis arrêtée un peu. Je me suis assise sur l’herbe, appuyée à un gros arbre, et j’ai lu quelques pages d’un livre. Soudain, un puissant rayon de soleil est arrivé directement sur moi : le soleil se couchait de l’autre côté de l’école de droit et il a soudain traversé l’édifice par deux fenêtres alignées. Tout était ombragé autour sauf moi et mon petit coin d’arbre. J’entendais le vent dans les feuilles, des oiseaux chanter, et des écureuils couraient avec des noisettes en bouche. J’ai senti que j’étais protégée par une force plus grande que moi ici, que je n’étais pas seule. C’est difficile à expliquer, mais je vous laisse imaginer…

La Malva

Delacroix et moi

delacroix

Depuis deux jours, j’ai au mur de ma chambre, près de mon bureau, une lithographie originale par Eugène Delacroix. 1827, le sujet est tiré du Faust du poète allemand Goethe. “Pourquoi tout ce vacarme!” Je suis donc allée faire la file avec une de mes collègues au département, à 9h45 du matin, devant l’entrée du Fogg museum, à un coin de rue de ma chambre. Il y avait déjà une vingtaine d’étudiants qui attendaient pour trouver une gravure qui leur serait prêtée toute l’année scolaire. À 10h, les portes se sont ouvertes et tous se sont mis à courir dans tous les sens. Quelques boîtes de bois étaient disposées dans le hall d’accueil du musée, contenant des estampes encadrées. Tous ces étudiants qui faisaient la queue gentiment se sont alors transformés en bêtes sauvages, écumant les bacs, se bousculant. Impossible de voir quoique ce soit, c’était la jungle. Mais j’ai trouvé un petit coin de boîte verticale libre, alors j’ai commencé à chercher. Pas intéressant, mauvais, piètre qualité, bof. Puis soudain, je tombe sur un Picasso! Mais je ne suis pas intéressée par cette gravure en tant que telle, alors je continue à chercher… je trouve un Miró. Super Miró. Mais je ne suis pas encore là où je le souhaite, c’est-à-dire en extase. Et puis soudain, ça y est. Je trouve un Delacroix… J’attrape deux étudiantes au hasard et leur tend le Picasso et le Miró. That’s a good one, take it. Elles n’en croyaient pas leurs yeux. Moi j’avais Delacroix.

Ensuite, nous sommes allées au grand amphithéâtre du Memorial Hall, juste à côté, où la directrice de Harvard ainsi que d’autres personnes importantes, j’imagine, ont prononcé les allocutions de bienvenue. La salle était incroyable, tout en bois sculpté, en demi-sphère et montante, bondée de petits étudiants qui commencent leur doctorat. Je me suis pincée à plusieurs reprises – c’est dans cette même salle que sont remis les diplômes. Cette idée – je me tenais à l’endroit même où s’achèverait mon parcours ici dans 7 ans – m’a donné une drôle de sensation, assez difficile à décrire. Ensuite, ce fut la foire des inscriptions, chèques, compte de banque, etc. Cette semaine s’est donc résumée à plein de bouffe gratuite, cocktail, buffets, soupers, j’ai même reçu un sac à lunch officiel de Harvard! (il apparaît sur la photo)

Hier, je suis sortie de Cambridge pour prendre un bain de vie normale avec deux amis (un de Puerto Rico, l’autre de Turquie) loin de Harvard et son faste, au quartier latino dans Jamaica Plain. Nous avons mangé des platanos fritos dans une toute petite cantine, nous avons attrapé une piragua fraîche faite par un vieux monsieur latino dans la rue (glace concassée manuellement avec du sirop de fruit) et nous avons fait des provisions de queso de freir. Ensuite, nous avons pris un thé à la menthe dans un café arabe. Et on a discuté de livres et de ciné. C’est la journée la plus normale, dans le monde le plus normal, que j’aie eu jusqu’à présent. Nous allons recommencer cette expédition de temps à autres, question de reprendre des forces pour faire face au prestige qui nous entoure et qui parfois n’est pas si naturel pour moi, je dois dire, même si j’apprécie tout ce qui m’est offert.

Et puis aujourd’hui j’ai visité les archives des Musées Fogg et Sackler avec mes collègues de première année en Histoire de l’art. Tous les conservateurs sont chaleureux, on nous a même servi un vin d’honneur dans une salle privée du musée, incroyablement belle, remplie de tableaux. Nous avons même le droit d’emprunter la clé de cettte salle pour y avoir des meetings! Chaque personne que je rencontre est d’une disponibilité et d’une compétence incroyable. Encore les larmes aux yeux. Je me suis pincée si souvent au cours de cette journée… Je peux aller consulter les dessins et gravures de la collection en salle de lecture quand je veux, et même faire la demande d’une lecture à l’infra-rouge d’un tableau.

Floormates

Je profite encore de la vie sociale ici pendant que j’en ai le temps. Hier soir nous avons eu un souper très agréable avec mes voisines d’étage (étage des femmes, rappelons-le). C’est vraiment un pur bonheur, j’apprécie vraiment la plupart de mes voisines, toutes ont une histoire personnelle intéressante. En voici quelques-unes (le garçon sur la photo est le copain de l’une d’elle), lors d’un meeting d’étage cette semaine (la photo est prise dans la salle à manger de notre étage).

Vous constatez sûrement, par cette photo, la pertinence pour moi d’apprendre quelques mots en mandarin et en japonais!

sunset

Chaque soir, je vois un coucher de soleil différent depuis ma petite chambre. J’essaie d’absorber le plus de choses. Je ne peux pas vous dire à quel point les gens que je rencontre ici sont pleins de vie, curieux, aimables et serviables. Particulièrement sur mon étage et dans mon département, comme nous ne sommes que des femmes, une sorte de collégialité très affectueuse se crée naturellement. Dès que j’ai besoin de quelque chose, quelqu’un s’offre pour m’aider, et vice-versa. Je ne prends que le meilleur, j’essaie d’acheter de trucs bios et équitables, et puis je me sens tellement privilégiée de côtoyer tous ces gens que je passe mon temps à leur poser des questions, à apprendre quelque chose. Mes journées sont déjà remplies, j’ai eu déjà tant de discussions autour d’un café… J’ai vraiment l’impression de vivre.

La Malva

Fenêtre sur cour

Parfois, assise à mon ordinateur dans ma petite chambre aux résidences, je suis distraite. Alors, je regarde par ma fenêtre. Et toujours je suis fascinée par les écureuils. Je ne sais pas ce que mangent les écureuils à Harvard, mais ils sont fous! Ils sautillent comme s’ils marchaient sur des fils électriques, parfois, et se lancent d’un côté à l’autre. Voici tout un spécimen que j’ai passé de longues minutes à observer hier. Remarquez les sauts frétillants et l’énergie, à la fin de la séquence, déployée à creuser des trous! …bon, ça peut sembler un peu ennuyant, mais moi ça me détend et je trouve ça très zen!

Mis à part observer les écureuils de la fenêtre de ma chambre, j’ai aussi connu de très belles journée. Nous avons eu un temps de canicule cette fin de semaine. Sans trop le savoir, j’ai décidé d’aller faire du jogging samedi matin… et je l’ai regretté un peu. Il faisait si chaud, même à 8h du matin, que j’en avais la nausée. Mon visage est demeuré rouge tout l’avant-midi. Mais j’ai pu porter fièrement mon nouveau porte iPod ROSE offert par mon Romeo. On aurait dit que tout le sang de mon coeur m’était monté au visage, mais j’étais néanmoins fière de mon iPod! Me voici en état de liquéfaction de retour à la maison!
Jogging

Merci pour toutes vos suggestions pour ma clé! Mais vérification faite, il n’est pas permis de faire un double de la clé. Je ne peux donc pas en déposer un double quelque part… Alors j’ai opté pour la clé dans le cou! La femme d’un ami chinois de Romeo lui avait donné une jolie petite pochette brodée, pour moi. C’était très gentil, et surtout je lui ai trouvé une fonction parfaite ici : cette pochette devait servir à porter mon cellulaire (invisible, puisque j’en n’ai pas!), mais elle sert maintenant à porter ma carte pour entrer dans le Hall des résidences ainsi que la clé de ma chambre.

Porte-clé
J’ai eu une journée magnifique aujourd’hui : remarquez d’ailleurs que j’ai sorti ma jupe de laine grise style rat-de-bibliothèque! Car j’avais aujourd’hui un rendez-vous avec la responsable de la bibliothèque des beaux-arts à Harvard. Youppi! Pour moi, c’est comme passer la journée à DisneyWorld! Et puis j’ai rencontré 3 de mes collègues en première année au doc en Histoire de l’art (sur 9 au total!) et elles sont merveilleuses, gentilles, passionnées, etc!!! Après la visite des collections de la librairie, nous sommes aller luncher ensemble puis nous avons pris un café. Elles viennent de France, de Turquie et de Corée du Sud, et moi je suis la French Canadian du groupe! Quelle belle ambiance de travail!

Anecdote (série “Ils sont fous les Américains”)

Chez Starbuck, le plus petit format de cappuccino est appelé “TALL” et doit contenir au moins 500 mL de café… Hum!

… plus que 6 jours avant que les cours ne commencent (17 septembre)!!

La Malva

La marche de l’écureuil

Le quotidien aux résidences est rythmé par nos erreurs : quelqu’un a mis (accidentellement) le feu au micro-ondes il y a quelques jours, et chacune notre tour nous nous sommes enfermées en-dehors de notre chambre. C’est que les portes des chambres dans mon Hall de résidence se verrouillent automatiquement, dès qu’on les referme. À chaque visite à la cuisine pour se verser un verre d’eau ou à la salle de bain pour se laver les main, la clé de la chambre doit être avec nous – même en pyjama à 7h00 du matin! Hier après-midi, j’ai aidé mon amie Lu à trouver quelqu’un pour lui ouvrir sa porte de chambre : elle était en pyjama coincée dans le corridor! Et hier soir, ce fut mon tour. Nous nous préparions à sortir prendre un verre et je cherchais mon passeport (c’est la seule carte d’identité valide que j’ai ici pour avoir le droit d’entrer dans un bar aux États-Unis). Bref, une seconde d’inattention et me voilà sans clé. Heureusement j’ai trouvé quelqu’un pour me l’ouvrir à 23h45 : quelle chance parce qu’à partir de minuit, plus personne n’est en service!

Harvard

J’ai profité de la lumière du coucher de soleil, hier soir, pour marcher sur le campus avec ma caméra.

squirrel

Sur le campus, c’est l’heure des marcheurs, c’est l’heure des écureuils.

Je suis parfois découragée du format des portions ici, même les verres d’eau au restaurant sont gargantuesques! Quel gaspillage! Mais je crois que plusieurs coopératives d’aliments naturels et biologiques se trouvent dans les alentours, je vais tenter d’en trouver quelques unes cette fin de semaine. Ils sont fous les Américains! À l’épicerie, le carton annonçant le prix des courgettes précisent qu’elles sont “Cholesterol Free” et que le chou est “Low Calorie”. Ce sont des légumes!

Je suis tombée hier sur une épicerie japonaise où j’ai enfin trouvé de la pâte miso. Voici officiellement ma première soupe miso!

Miso

Que j’ai mangée avec une tortilla “Cinco de Mayo”. Voilà donc un repas latino-nippon!

Après un petit coup de déprime hier, j’ai retrouvé toute mon énergie : une latina du Venezuela vient d’emménager sur mon étage! !Que allegre! On a placoté en espagnol : comme ça fait du bien! Je peux gesticuler à mon aise! Elle parle aussi très bien français. En fait, il y a tant de gens qui parlent ou apprennent le français ici, je suis enchantée!

Hasta luego!

La Malva

Un hamburger avec ça?

Quelle image avez-vous en tête lorsque vous pensez à Harvard?  Moi, je me figurais un mélange de Harry Potter et de Good Will Hunting.  Des dortoirs à l’architecture anglo-saxonne entourés d’arbres et des étudiants qui prennent des cafés sur des terrasses fraîches, foulards de laine noués au cou, en discutant de physique nucléaire. 

 View

De ma chambre, aux résidences, j’ai l’impression que la vue que j’y ai prend le relai de mes plus beaux rêves!  Voyez la photo prise depuis mon bureau de travail!!!  À l’intérieur du campus, aucune voiture ne circule.  Que des étudiants, sac au dos!

Mais la réalité – du moins celle que vis ici depuis 3 jours – est néanmoins plus près de ceci : des étudiants qui viennent des quatre coins du monde, souvent d’Asie, qui se retrouvent ici loin de toute famille et amis.  Tout est tellement structuré, mais fait avec la meilleure des volontés, que les occasions de se rencontrer se multiplient tous les jours.  Dimanche, j’ai participé à deux activités : une exursion au supermarché (nous devions être 50 étudiants ensemble!) et une grande marche de fin de soirée couvrant le campus du Harvard Square où j’habite, guidée par un RA (Resident Advisor).  Maintenant je sais que la bibliothèque de la Faculté de Droit (l’une des plus prestigieuses au monde, plein de présidents sont passés par ici – quoique Georges W. Bush également – cela déprécie-t-il la faculté?) offre gratuitement le café aux étudiants qui viennent y travailler après 21h le soir.  Le Maison des étudiants des cycles supérieurs (Dudley House) met à notre disposition une imprimante laser, gratuitement!  Il existe même un programme de prêt d’oeuvres d’art au Fogg Museum (encore sur le campus!) pour l’année scolaire.  Pour 40$, je peux avoir une gravure magnifique dans ma chambre! 

Girls 

Mais ce qui me touche le plus depuis que je suis ici, c’est qu’il se dégage un très fort esprit de communauté parmi les étudiants internationaux.  Ce matin, il fallait aller se déclarer à un bureau quelconque, question de régulariser les visas, et spontanément des étudiants se sont réunis au rez-de-chaussée après les procédures pour prendre un thé (c’est une Anglaise qui nous en a donné envie!  “I need a cup of tea!”).  Ce soir, je suis allée manger un gros hamburger avec du ketchup avec quelques nouvelles amies.  Jaya, qui est complètement à gauche, commence elle aussi le doctorat en Histoire de l’art.  Nous ne sommes que 10, alors c’est une chance merveilleuse que je sois tombée sur elle si rapidement!  Et demain soir, j’ai rendez-vous avec une de mes voisines (je suis la seule non-asiatique sur mon étage!) qui est chinoise : je vais lui montrer des expressions en français, et elle en mandarin.  Alors quand on se saluera dans le corridor, je lui dirai allo en mandarin!  Et maintenant je peux dire “Ohio” à ma voisine japonaise (merci Mika!). 

Je ne pourrais imaginer rien de mieux! 

Anecdote, pour terminer ce récit d’un optimisme exalté : 

Tous les étudiants internationaux inscrits au doctorat qui n’ont pas obtenu de diplôme universitaire de premier cycle d’une institution anglophone (c’est moi, ça!) doivent consacrer la journée de demain à passer un interminable et énième test de classement en anglais.  (On a tous déjà subi 2 tests l’an dernier qui prennent environ 1 mois à temps plein de préparation et qui coûtent au total environ 500$.  Pourquoi un autre test?  La théorie la plus répandue sur le campus est que Princeton, qui monte un de ces exams, fait pas mal d’argent avec ça… Ha!)  Comme je n’avais pas reçu d’infos à ce sujet, je suis allée directement à la source ce matin et… je n’ai pas à faire le test puisque je suis canadienne.  Euh… j’ai expliqué à la dame que je suis “French Canadien, which means that my mother tongue IS french and that all my degrees come from french universities“.  Well, ça fait rien.  Non pas que je tienne à subir un autre test horrible qui dure 8 heures, mais je ne veux pas avoir des problèmes dans 3 semaines quand une secrétaire va m’appeler pour me chicaner de n’avoir pas fait le test.   Mais pour les Américains, au Canada, nous sommes tous anglophones.  Bref, pas d’examen d’anglais pour moi!  Hum.  Je suis soulagée et consternée à la fois.  J’ai bien l’impression qu’aux États-Unis, la situation linguistique canadienne est méconnue. 

I’ll drink to that, Uncle Sam!

La Malva

Pink Harvard

Valises

 La journée d’hier a débuté avec une question existentielle que Romeo a fatalement prononcée : “Ça va-tu toute rentrer dans la Echo Hatchback de mon père???”  Un Echo Hatchback, pour les non-initiés, eh bien ça n’a que 4 places assises et un coffre vertical d’environ 30 cm de profondeur…  Ha!  C’est petit, certes, mais c’est bon pour la couche d’ozone. 

 VoitureComite

Youppi!  tout est rentré!  Romeo et moi on avait même un peu de place pour nos pieds!  Alors sans plus attendre, nous avons grimpé dans la rutilante Hatchback de Manuel, papa de Romeo et mon chauffeur personnel, qui a pesé sur le champignon, tandis que le comité de départ (voisine, maman et belle-maman) nous faisait des bye-bye bien sentis. 

Douanes

Déjà les douanes!  Deux petits tours, et me voilà récipiendaire d’un nouveau collant dans mon passeport : j’ai obtenu mon permis d’entrée et de sortie des États-Unis d’Amérique pour les 5 prochaines années.  J’ai donc fait une danse en ce grand événement, devant le bâtiment style moderniste-verre-soufflé-à-carreau des douanes américaines.  En cette occasion, Manuel prononça solonnellement : “Caty, pura gringa!”

89

Nous voilà lancés sur la 89-S vers Boston.  Le paysage est incroyable!!  Durant des heures, que des montagnes, des arbres, des rochers, des lacs…  Mais pas de restaurants.  Hum, nous avons faim.  Il est 13h.  Nous avons très faim.  Il est 14h.  Le paysage est à couper le souffle, encore.  Il est 15h.  Bon, dans l’état où nous sommes, ayant épuisé toutes mes réserves de graines de soya grillées, nous étions prêts à manger n’importe quoi.  Je répète : n’importe quoi. 

McDo

Bon, une fois cette mac-erreur de parcours oubliée, tandis que résonnent les mots “pura gringa” en moi,  nous poursuivons notre chemin, et nous poursuivons, et nous poursuivons.  Ouf, c’est loin!  Après quelques petits tournages en rond dans le grand Boston, nous arrivons triomphalement devant les résidences de Harvard.  Il fait noir, on est tous fatigués, et la porte est verrouillée…  Hum…  Une étudiante aussi court d’une porte à l’autre, nous courrons alors avec elle : je veux la clé de ma chambre!  Finalement, Romeo, sans crier gare, tire une porte qui s’ouvre.  Au sous-sol nous attendent de gentils résidents qui me remettent ma clé ainsi qu’une enveloppe remplie de petits mots doux (c’est vrai!) : bienvenue à Harvard, bienvenue aux résidences, bienvenue sur le campus, bienvenue…  Alors… ma chambre!?!?!?  Soyez patients. 

 burrito

Car pour Romeo et le courageux Manuel, le voyage n’est pas terminé.  Ils doivent retourner à Montréal car Romeo doit y prendre un avion pour Bruxelles dans 12 heures…  Et il est 23h et nous n’avons pas encore soupé.   Alors hop, les valeureux guerriers engloutissent de lourds burritos, accompagnés d’une guacamole qui, au dire de tous les convives, pourrait être presque aussi bonne que celle de la maman de Romeo, Mercedes. 

Après 2 ou 3 heures de sommeil, Romeo et Manuel suivent les ordres de mon cadran et se lèvent à 3h45 du matin pour reprendre la route.  En arrivant à Montréal, Romeo aura tout juste de le temps d’attraper son avion.  Fiou!

 chambre

Alors ma chambre?  Elle est merveilleuse, toute petite mais parfaite.  Le tapis est neuf (yé!), tout est propre, très propre.  Et les quelques voisines de pallier a qui j’ai parlé jusqu’à maintenant sont toutes amicales et tranquilles.  Je suis sur le seul étage réservé aux filles sur le campus, mais on m’a vite rassurée : les conjoints peuvent nous visiter et rester avec nous le temps que l’on veut.  Re-fiou! 

Et je crois avoir mis suffisamment de rose dans ma chambre pour être heureuse!

LaMalva