Archive pour 22 septembre 2007

Il n’y a que le coeur qui ne change pas

chaussures

Vous souvenez-vous, du temps où Pauline Marois était Ministre des Finances que l’on montrait dans le journal ses souliers neufs le jour du dépôt du budget?

Lundi matin, c’était ma première journée de cours à Harvard, alors j’ai décidé de mettre mes souliers neufs, moi aussi, et de les photographier. Bon, me voilà prête pour le magasinage! Magasinage de cours, bien sûr! Car cette première semaine de cours est ici appelée “shopping week” : on va à un maximum de cours avant de remettre notre carte d’étude officielle le vendredi avec nos choix. Mais j’ai fait une erreur d’horaire la première journée – ainsi bien que je sois allée à 3 cours lundi, j’ai trouvé le moyen de rater un séminaire que je voulais vraiment prendre. J’ai contacté la professeure dès le mardi matin pour lui expliquer mon erreur (je suis nouvelle et c’était la première journée…) et on s’est rencontrées le mercredi. Je lui ai donc fait part de mon intérêt pour le cours mais il était trop tard : 40 étudiants se sont présentés à son séminaire, elle a donc décidé d’en choisir 15 sur place et c’était fini. Le cours était déjà fermé!! D’habitude, on n’est que 8 ou 10 à se présenter à un séminaire… parfois moins… oh lala! Même si je magasinais toujours, je ne peux pas prendre n’importe quoi – et je devais prendre ce séminaire pour que mon horaire se tienne. Bref, tout s’est compliqué.

Jeudi soir, à 22h12, je reçois un courriel de la prof : “Catherine, you’re in. But you will have to work, though”. Traduction : ok, tu as été convainquante dans mon bureau alors je te prends, mais tu vas devoir justifier ta place en travaillant 2 fois plus fort que les autres!

Ce commentaire ne m’a pas stressée, au contraire. Ça m’a justement donné la motivation de faire de mon mieux! Car j’ai bien besoin de motivation : je fais 4 séminaires complets ce semestre. Pour vous donner une idée, à l’UdeM, on en fait 2 par semestre… En en parlant avec plusieurs amis dans différents programmes, on arrive tous à la même conclusion : ce qui distingue le plus Harvard des autres universités que nous avons connues est la charge de travail qui est exponentiellement plus élevée. Mais bon, on est tous venus ici pour ça, non?

Péripéties des résidences étudiantes de Harvard

… j’ai interrompu l’écriture de ce message car je viens de discuter avec un policier. Nous avons toutes reçu sur mon étage un appel téléphonique entre 3h et 4h du matin la nuit dernière. La police voulait mon témoignage. Car quand j’ai répondu, j’étais un peu dans les vaps et énervée : un coup de téléphone la nuit est soit un faux numéro, soit une mauvaise nouvelle… Mais bon, cette fois-ci le gars était bizarre, disait se sentir seul et dépressif… Après quelques minutes (j’étais encore dans les vaps!), j’ai réalisé que ce n’était pas un faux numéro. Mais j’étais quand même inquiète pour ce garçon. Je me suis mise à lui poser des questions : où es-tu, es-tu correct, que fais-tu, as-tu besoin d’aide? Mais il ne faisait que répéter les mêmes phrases d’un ton neutre… Alors je lui ai dit que je ne pouvais pas l’aider puique je ne le connaissais pas, mais qu’il devait appeler un ami ou un membre de sa famille… Après quelques répétitions, je lui ai dit d’appeler un service d’aide psychologique pour parler. Il a raccroché. Il semblerait que nous soyons une vingtaine, ou plus encore, à avoir reçu un appel de lui cette nuit aux résidences. Bizarre! À votre avis, est-ce qu’une personne en situation de grande détresse psychologique a assez de présence d’esprit et de concentration pour composer, dans une séquence logique, un 20aine de numéros de téléphone différents? Je ne sais pas quoi penser de tout ça, mais maintenant au moins la police essaie de le retracer. Pas besoin de vous dire cependant que nous étions toutes cernées ce matin!

Nous avons aussi évacué l’immeuble deux fois cette semaine car l’alarme de feu se déclenche assez facilement. La première fois, c’était la faute d’une toast brûlée au petit matin et, la seconde, d’un chaudron en métal placé au micro-ondes (remplacé depuis que l’autre avait pris feu il y a deux semaines…) Pauvre micro-ondes, la vie est difficile ici! Pour l’instant, attendre les pompiers en pyjama dehors à 7h du matin ou 10h du soir n’est pas trop mal, mais attendons janvier pour tirer nos conclusions!!

La direction de Harvard offre aussi un nouveau service de SMS : dans le cas extrême où tout le campus devait être évacué, les membres de la communauté possédant un cellulaire pourront recevoir instantanément un message les en informant. C’est rassurant tout ça! Je pense sérieusement qu’ils font ça suite à la tuerie de Pennsylvania Tech le printemps dernier… Je n’ai pas de cellulaire, mais tout le monde en a un. Alors j’imagine que je serai informée si jamais une telle chose se produit.

étude

Voilà, ma vie est maintenant moins glamour : je passe mon temps à lire, faire des photocopies, aller à la bibliothèque. Heureusement j’ai beaucoup d’amis désormais sur le campus, je suis déjà très attachée à plusieurs personnes. Mais cette première semaine a été éprouvante à certains moments, comme je vous l’ai dit plus tôt. Dimanche soir, en rangeant un peu ma chambre avant de me coucher, je me suis soudain dit : “mais dans quoi je me suis embarquée?!”. Sept années d’études difficiles, extrêmement exigeantes et pratiquement en réclusion monastique!! Ce soir je suis soulagée, surtout que j’ai réussi à avoir les quatre séminaires que je voulais et que je suis bien entourée ici si j’ai besoin de prendre un café pour placoter. Je me sens comme au bloc de départ d’un marathon…

Amateurs de sports, bonsoir!

Sous la pression et l’incertitude que j’ai connues cette semaine, j’ai vite réalisé qu’il me fallait trouver des activités qui me feraient du bien, qui me permettaient d’évacuer le stress. Car tout est nouveau : mon environnement, les gens que je côtoie, mon travail, mes numéros de téléphone, ma carte de débit, mes assurances santé… Et tout se passe dans une langue qui n’est pas la mienne. Bref, tout m’est un peu étranger. Comme un de mes privilèges ici est d’avoir accès gratuitement au superbe gym de l’école de droit (non mais c’est moderne quand même!) qui est à quelques pas de ma résidence, je suis allée à un cours de yoga mercredi soir. Ça m’a vraiment aidée à relaxer!! Et vendredi soir, je suis allée à un cours de “Nia” : c’est un mélange de yoga, tai-chi, danse moderne, expression corporelle, danse africaine, arts martiaux, le tout saupoudré d’un soupçon de n’importe quoi et relevé de technique Nadeau. C’est la chose la plus bizarre que j’aie faite depuis longtemps. Il fallait entre autres se mettre à bouger comme un oiseau et se laisser aller. Mettez 25 nerds à lunettes qui font ça ensemble et c’est vraiment surréel!!

charles

Sinon, je vais courir une fois pas semaine. Je ne sais ni ma distance, ni ma vitesse. Mais je sais que je cours 35 minutes pour l’instant. Mon objectif serait d’atteindre 1 heure d’ici la fin de l’année scolaire. Mon trajet est le suivant : je traverse le jardin devant l’école de droit, puis celui du Harvard Yard. Ensuite j’arrive aux berges de la Charles River où se trouve une magnifique piste de course qui longe le cours d’eau. J’y vais en fin de journée et la lumière est extraordinaire. Je vous ai mis une photo de la berge que j’ai trouvée sur Internet (je n’ai pas ma caméra avec moi quand je vais courir).

Ce soir, en rentrant de la bibliothèque, j’ai traversé comme à l’habitude le parc devant l’école de droit qui mène à mon dortoir. Le temps était magnifique alors je me suis arrêtée un peu. Je me suis assise sur l’herbe, appuyée à un gros arbre, et j’ai lu quelques pages d’un livre. Soudain, un puissant rayon de soleil est arrivé directement sur moi : le soleil se couchait de l’autre côté de l’école de droit et il a soudain traversé l’édifice par deux fenêtres alignées. Tout était ombragé autour sauf moi et mon petit coin d’arbre. J’entendais le vent dans les feuilles, des oiseaux chanter, et des écureuils couraient avec des noisettes en bouche. J’ai senti que j’étais protégée par une force plus grande que moi ici, que je n’étais pas seule. C’est difficile à expliquer, mais je vous laisse imaginer…

La Malva