Aurais-je perdu la tête? Un plomb de sauté? Une araignée au plafond?
J’essaie d’user de créativité pour me motiver à lire une autre page, une autre, une autre. Ce que j’ai sur la tête, c’est la lecture d’une soirée, en revenant de la journée de travail en classe et en bibliothèque. Ce soir-là, c’était sur les rapports entre l’architecture byzantine et ottomane… Je ne comprenais rien! La professeure est merveilleuse, mais elle a un accent et c’est difficile pour moi, dont ce n’est pas la langue maternelle, de comprendre des noms en Turcs prononcés en anglais avec un accent! Mais j’apprends beaucoup!
Je n’ai pas dormi depuis 36 heures maintenant… oh la la! J’avais une présentation aujourd’hui. Rien de bien important, mais c’était ma première présentation orale ici, en anglais! Je pensais terminer entre 12h et 3h du matin, mais finalement à 8h ce matin je travaillais encore! J’ai parlé avec mes amis de la classe en sortant pour leur demander si j’avais fait des grosses fautes bizarres… et ils pensaient que j’avais fait mes études en anglais! Héhé! C’est étonnant aussi parce que j’étais tellement nerveuse (j’avais l’impression de parler en chinois en lisant mon texte, c’est dur à expliquer)… Maintenant la glace est brisée.
Une des choses merveilleuses de la vie aux résidences, c’est que quand je travaille toute la nuit comme aujourd’hui, je croise toujours quelqu’un à 3h48 du matin dans la cuisine en me préparant un thé… C’est que Harvard, c’est dur pour tout le monde! Il nous font travailler fort! Mais je suis très heureuse! Nous avons fait un souper collectif sur mon étage dimanche dernier et la nourriture était incroyable!!!! J’ai mangé des nouilles coréennes (Beaucoup!) et un dessert chinois : ça ressemble à un oeuf de caille, mais visqueux et fourré à la pâte de sésame grillé. C’est comme manger un oeil! Mais c’est tellement, tellement bon! J’avais fait des fudges… elles pensent toutes maintenant que je suis une grande cuisinière… c’est gênant parce que cette recette est vraiment, vraiment, vraiment niaiseuse à faire et que je l’ai moulée dans un carton de bouillon de poulet!
Voici la clé du paradis : c’est ma carte des Musées de Harvard… et elle me donne accès gratuitement à TOUS les musées américains, ainsi qu’à la plupart des grands musées internationaux! Ça, c’est une très bonne nouvelle! Le Louvre est au-dessus de 10euros maintenant, et le MoMA est à 20$, je crois. On nous la remet parce que l’on doit se promener beaucoup dans les zones réservées aux employées des musées Fogg et Sackler pour nos cours et la bibliothèque. Aujourd’hui, après le séminaire, nous sommes montés avec le professeur à l’atelier de restauration des peintures, juste à côté de la salle de classe. C’est l’atelier le plus moderne et le mieux équipé que j’ai eu la chance de visiter. On a regardé une grande nature morte à l’huile dévastée par les craquelures. Ils la nettoient présentement et essaient de déterminer la cause de la détérioration. Ça, c’était juste pour le plaisir – le prof nous l’a offert à la fin du cours – et c’était la porte d’à côté!
Je dois admettre que quand je travaille trop, je pleure pour rien. Donc depuis une semaine, j’ai les larmes faciles. Mais en fait, je pleure vraiment pour rien. Comme ça, sans raison. Je me connais assez maintenant, à mon âge respectable, pour savoir que ce sont des larmes de crocodile fatigué. Ça me fait ça : fatigue par trop de travail = larmes de croco.
Mais je suis tellement bien ici! Et je ne sais pas trop comment le décrire, mais il y a vraiment beaucoup d’affection, d’attention et d’entraide entre les étudiants (internationaux?). Même les gens de mon année dans mon programme (nous sommes 10) sont tous (je devrais dire toutes – nous sommes 9 filles sur 10!) très intéressants et agréables! Bref, des collègues de rêve!
Bon, assez de rêve pour ajourd’hui, je crois que je vais aller dormir maintenant… J’ai vu 2 levers de soleil depuis la dernière fois où j’ai posé la tête sur mon oreiller!
Voici quelque chose que j’ai appris depuis une semaine : c’est une grande liberté de pouvoir prendre du temps pour réfléchir! Alors j’apprécie ce temps.
Ah oui, j’ai aussi quelque chose à dire sur les accommodements raisonnables : pas mal toutes mes connaissances et amis ici sont internationaux. Vous savez quand on parle avec quelqu’un un soir autour d’une tasse de thé et qu’on oublie d’où on vient, on parle juste de la famille qui nous manque, ou du stress d’une rencontre avec un prof le lendemain matin. À date, j’ai l’impression que le pays d’origine change quelque chose, mais qu’il y a quelque chose d’irréductible une fois qu’on se retrouve dans ces petits moments où on s’échange quelques mots d’encouragement parce que nous vivons la même chose. Je trouve que tous les gens que je rencontre, même ceux envers qui j’avais une mauvaise impression les premiers temps, tous m’ont appris quelque chose. Les conditions sont difficiles pour tout le monde ici – le travail est vraiment difficile – alors nous sommes tous un peu vulnérables. Personne ne se pense bon quand on a 100 pages à lire et qu’on ne comprends rien à 11h du soir!! Et puis c’est difficile de le réaliser, mais ici, à ce que j’en sais, pas mal tout le monde est pauvre (je parle aux études supérieures, c’est moins vrai à l’école de droit juste en face!) On travaille tous au moins 80 heures par semaine et je sais que la bourse de Harvard que je reçois, comme pas mal tout le monde au doctorat, est suffisante pour vivre, mais sous le seuil de la pauvreté. Il y a un sacrifice à faire – la seule motivation au travail doit venir, je pense, d’une passion qui est intime. Il faut cultiver son feu intérieur – et à ce que je vois à date, ça fait sortir le meilleur des gens.
Alors finalement je ne pense pas grand chose des accommodements raisonnables. Mais je voulais juste dire que je ne pense pas avoir jamais été déçue à faire un effort pour apprendre à connaître quelqu’un. Et j’ai même l’impression que j’apprends à me connaître davantage. C’est un peu personnel comme interprétation, mais j’ai appris à me fier à mes propres impressions plutôt qu’à ce qu’on dit des gens!
Sur ces belles paroles, j’ai ressorti une photo prise à Venise cet été, à la Biennale devant une oeuvre. Ça fait du bien de se rappeler comme on se sent en vacances! Au dodo maintenant!
Je n’ai pas eu le temps de répondre à mes courriels depuis quelque temps – ça s’en vient!
La Malva



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