Dear Sir

Quel délai dans l’écriture de mon blog… je commence à m’ajuster à la charge de travail. J’ai lunché avec des collègues depuis quelques semaines qui en sont à leur 2e ou 3e, même 4e année d’étude ici pour leur demander des conseils. J’ai l’impression que je travaille pour la première fois. La question est de devenir plus productif, mais la meilleure façon d’y arriver est de se fixer des priorités. Quand on n’a plus le temps de se perdre dans les détails, il faut trouver rapidement ce qui est essentiel. Alors plus question d’être pointilleux tout le temps. J’apprends à tourner les coins ronds. C’est un peu surprenant qu’il faille être à Harvard pour apprendre cela!!

Je commence aussi à réaliser que bien que j’apprécie les gens qui m’entourent, c’est un environnement assez “straight” en général et je me sens parfois un peu à l’étroit! Deux petits problèmes récurrents ici, pour moi, sont : la nourriture, et la musique. Côté nourriture, mes compagnons de lunch le midi, à la cantine, et moi nous interrogeons toujours sur le contenu réel de la sauce immanquablement sucrée de laquelle tout mets doit être arrosé. C’est que nous devons acheter un plan de repas obligatoire quand nous habitons aux résidences, plan très dispendieux qui me force à manger 5 fois par semaine à la cantine. Et chaque repas revient à 12,25$ US. Qu’avez-vous pour ce prix? Un bol de riz avec un peu de tofu et quelques légumes, et une salade d’accompagnement. C’est vraiment cher, parce que je pourrais faire la même chose pour moins de 2$ la portion. Et surtout, ça fait fondre ma bourse à vue d’oeil! Mais que voulez-vous, c’est obligatoire! Et parfois, les américains ont des drôles d’idées, dont de faire toutes leurs vinaigrettes avec comme premier ingrédient, après l’huile, le sirop de maïs.

En ce qui concerne la musique, j’ai décidé de remédier à l’environnement sonore dominé par la pop américaine en me promenant avec mon ipod! Ah… ça fait du bien.

La semaine dernière, l’université Harvard a connu un moment important dans son histoire : un changement de président. En fait, pour la première fois, après 371 ans d’existence, Harvard a nommé à sa tête une femme. Drew Faust est de surcroît une historienne, sympathique et qui ne vient pas des hautes sphères de la politique. Car le précédent président a généré une catastrophe. A ce que j’en sais, il était un “big shot” qui naviguait dans l’entourage des Bush, et qui avait de grandes difficultés à gérer l’institution en demeurant respectueux envers les autres.

Je me suis arrêtée à la cérémonie qui avait lieu dans un des parcs du campus, à quelques pas des résidences. Quelqu’un a mis un court vidéo, de très mauvaise qualité, sur youtube, de la longue cérémonie, protocolaire :

Je suis quelque part dans cette foule, sous la pluie d’automne. Et rassurez-vous, vous ne voyez pas des drapeaux nazis… ce sont les drapeaux de Harvard.

Le discours de Drew Faust était, honnêtement, très inspirant. Durant 45 minutes, la nouvelle présidente a insisté sur deux points : l’université doit faire des efforts pour accueillir plus d’étudiants qui viennent de la basse classe moyenne, et qu’il faut maintenir le soutien donné aux champs de recherches et ressources qui ne sont pas liés à des retombées économiques directes (elle a notamment nommé le Fogg Museum où j’ai mes cours!!!). Rien dans son discours sur la performance de l’université dans le marché mondial, ou le prestige du lieu. Je pense qu’elle pouvait se le permettre parce que c’est l’image qui est renvoyée par l’université de toute façon. J’ai l’impression qu’elle veut réorienter un peu cette image. Elle a aussi affirmé qu’il était préférable que le niveau moyen de la performance académique des étudiants baisse pour permettre à davantage de gens venant des minorités ou des milieux moins favorisés d’avoir accès à une excellent éducation. Ben là tu parles!!!

En terminant son discours, elle a raconté cette histoire incroyable, et si parlante!!! Avant d’entrer en fonction, les archivistes d’une des bibliothèques de l’université ont communiqué avec elle pour lui transmettre une enveloppe datée de 1951. Cette enveloppe, gardée précieusement dans les archives depuis plus d’un demi-siècle, était adressée au premier président de Harvard du 21e siècle, qui se trouve à être Drew Faust. Elle a brisé le sceau avec solennité, a tiré le papier. Les premiers mots de cette lettre étaient : “Dear Sir”. Voilà la preuve que le monde change. Le président de 1951 n’aurait jamais imaginé qu’une femme serait à la tête de l’institution.

Juste pour vous donner une idée, au Musée Fogg, toutes les toilettes dans les zones réservées aux employés et chercheurs ont des urinoirs – il n’y avait que des hommes comme étudiants et enseignants en histoire de l’art au moment de la construction du Fogg. Et quand a-t-il été fondé? En 1925… C’est dire qu’en 1925, on ne croyait pas qu’un jour des femmes y seraient. C’est le conservateur en chef du musée qui nous a raconté cette histoire, lors d’une visite des bureaux et locaux de recherche du musée donnée aux nouveaux étudiants au Doc en histoire de l’art. Devinez quoi : nous étions toutes des filles!!!

La Malva

2 Réponses vers “Dear Sir”


  1. 1 Le trotteur de l'est 24 octobre 2007 à 10:21

    Baisser le niveau moyen de la performance académique!? Elle va avoir du pain sur la planche avec toi comme recrue!!!

    Evelyne et moi aimerions aller faire un tour à Boston au printemps. J’aurais aussi aimé voir un match Bruins vs Canadiens, mais le seul match est un jeudi soir (20 mars). On verra bien.

    D’ici là on se voit à NY dans 2 semaines et à Mtl dans 2 mois!

  2. 2 mike girard 4 novembre 2007 à 4:37

    salut ma soeur !
    je n ai pas encore de connection sur le ¨world wide web¨ mais j en profite quand je viens chez Céline pour lire ton blogue. D ailleurs vous devez surement etre ensemble a l instant ou je t écris en train d encourager Martin a son marathon new-yorkais. Zazi te dit Miaaaaaooooowwwww, je sais pas ce qu il veut dire mais tant qu il se comprend c est correct…C est peut-etre un peu cliché mais je vais te souhaiter du succès dans tes études et félicitation pour votre beau programme. De toute facon, je sais que quand tu mets des efforts sur quelque chose(meme si tu apprends a couper les coins ronds) il n y a rien qui peut te faire échouer.Continues de montrer aux AMARIKAINS ce qu une petite fille de 3-rivieres peut faire! Je vais t envoyer bientot des photos de ma semaine de chasse avec Jean-Pierre.
    Ciao, MIke


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