Archive pour novembre 2007

L’odeur de la neige

J’ai fait ma première vraie présentation ici ce lundi. Une heure devant une classe de petits brillants architectes, et je présentais une analyse d’un hôtel particulier de la fin du 18e siècle. Bon, vous m’imaginez en train d’essayer d’analyser un plan architectural devant un groupe d’architectes et d’ingénieurs. J’étais un poisson en-dehors de l’eau. Nous étions deux à présenter ce jour-là. La personne avant moi, après ses 30 minutes de présentation, a subi l’humiliation de la démolition en règle de son argument par les 2 profs du cours, pendant 20 minutes, devant toute la classe. Ils lui ont fait des commentaires vraiment durs. Du genre : “n’utilisez de noms de penseurs dans votre travail juste pour masquer les trous dans votre argumentation”. Ouch! Quand son heure a été terminée, une fois que la fille avait les larmes aux yeux, les profs se sont tournés vers moi et ont dit : “Ok, Catherine, it’s your turn now.” Wow, quelle belle ambiance!

Mais les choses se sont mieux déroulées. Pas que j’étais si extraordinaire, loin de là. Au contraire, j’étais beaucoup moins sûre de moi que l’autre fille qui a présenté. J’étais tellement insécure dans ce cours, en fait, que j’ai souvent communiqué avec les profs pour me diriger, leur demander des suggestions de lecture… Et j’ai réduit mon sujet à un édifice, et j’ai fait beaucoup, beaucoup de recherche. Les commentaires que j’ai reçus étaient très constructifs, ils étaient intéressés par quelques idées que j’ai avancées, et m’ont suggéré des aspects que je dois maintenant approfondir pour le travail écrit que je dois faire maintenant… Ouf.

C’est principalement ce cours qui m’a terrorisée les dernières semaines. Je ne me sentais pas à la hauteur. J’avais l’impression que je n’étais pas assez bonne pour ici. Ce que je réalise, maintenant, c’est qu’il est important d’être très humble. Ce n’est pas l’endroit pour se penser bon, parce que je pense que certains profs (et ils sont extrêmement brillants), vont se faire un vilain plaisir de nous remettre à notre place. Par contre, avec beaucoup de travail et beaucoup d’humilité, j’ai senti que les 2 profs ont été portés à me pousser à dépasser mes limites en commençant par me déstabiliser. Quelqu’un m’a dit que c’est comme l’armée : au début on te brise, pour mieux te reconstruire! Je pense que c’est un peu vrai. Mais je pense aussi que c’est bon pour moi, parce que ça m’aide à briser mes réflexes intellectuels pas toujours bons, mes mauvaises habitudes de raisonnement.

Cours

Une de mes amies m’a montré le journal de Harvard ce matin… Héhé! Je suis sur une des photos! Elle a été prise pendant un cours au musée, dans les réserves. La dame qui parle au centre est ma directrice de recherche. Et moi je suis la petite souris à lunettes en arrière, celle qui s’est placée le plus près du tableau!

J’ai la nostalgie de l’hiver depuis 2 jours, c’est bizarre. J’ai envie d’être dans plein de neige, à -30 degrés. Call me crazy, mais ça me manque!

La Malva

La montagne des lutins

Avez-vous déjà eu l’impression que c’est le premier jour de votre vie?  Après la douleur constante des dernières semaines, depuis 2 jours, je commence à me sentir libérée.  Je pense que toutes les angoisses que j’ai eues étaient une sorte d’épreuve du feu : la surcharge de travail et le niveau de réflexion que je veux atteindre m’ont confrontée à mes démons intérieurs!  Les petites bibittes que l’on traine à l’intérieur et qui ici ont rencontré leur meilleur nourriture : la peur de ne pas être à la grandeur de ce que je suis.  Ce n’est peut-être pas clair formulé comme ça.  Disons plutôt : la peur de ne pas aller au bout de moi-même, de ne pas vivre ma vie pleinement.  

À force d’angoisser, de manquer de sommeil, de paniquer, vous devinez que je me suis affaiblie et j’ai attrapé un rhume.  J’ai travaillé toute la semaine avec de la fièvre et un mal de tête et j’ai pleuré dans tous mes cours (pas parce que j’étais triste : c’est parce que je ne voulais pas me moucher pendant que le prof parle – nous ne sommes que quelques étudiants autour d’une table – et alors mes yeux se mettaient à piquer et à larmoyer!!).  Et pourtant je me sens de mieux en mieux.  On dirait que d’avoir un petit rhume m’a ramenée sur terre.  Boulot – manger – dodo.  J’ai recommencé à aller au cours de yoga du dimanche soir.  La prof nous enseigne aussi la méditation, ce qui est bien pour me détendre!  Je me force à manger davantage de viande : j’ai laissé tombé mon aspiration à devenir végétarienne parce que j’avais déjà commencé à faire de l’anémie.  J’ai besoin de toutes mes forces!

Toutes vos pensées m’ont soutenue cette semaine.   Et vous avez dû orienter les astres en ma faveur parce des gens bienveillants ont été placés sur mon chemin.  Entre autres, lundi matin, je me suis levée avec une peur bleue.  Je suis allée à la cuisine préparer mon déjeuner avant de me mettre au travail, mais j’étais si nerveuse que je me demandais comment j’allais arriver à me concentrer.  Un des monsieurs qui fait le ménage était à la cuisine.  Il est latino (il faut être latino ici pour faire le ménage, on dirait!) alors je suis toujours contente de parler en espagnol.  On a commencé à jaser et je ne sais pas pourquoi, mais je me suis confiée à lui.  Il comprenait exactement comment je me sentais.  En fait, il a souvent rencontré des étudiants comme moi, au petit matin, en panique en train de se faire bouillir de l’eau.  Il avait de si bons conseils, il m’a vraiment aidée.  Et puis aujourd’hui, j’ai jasé avec l’autre madame (latina encore!) qui fait le ménage.  Elle a fini par me donner 2 recettes de breuvages chauds pour le rhume et la voix (j’ai une grosse présentation lundi dans un cours de théorie de l’architecture et de la subjectivité (?!?) et je n’ai presque plus de voix).  Et lundi matin elle va m’apporter des radis pour faire une recette (je n’en trouve pas à l’épicerie ici).  Je pense que les employés de l’entretien ici sont des anges qui veillent sur nous.  Des anges latinos bien entendu.  

J’ai hâte de retrouver mes forces pour m’occuper un peu plus des autres aussi.   Je pense que ce qui m’aide le plus, c’est de ne plus prendre de recul, mais plutôt de vivre un jour à la fois.  La phrase de mon petit frère Michaël m’a fait réfléchir.  La montagne est immense.  Alors plutôt que de prendre du recul pour voir ce que j’avais à faire ici pendant 7 ans (ahhh!!!!!), j’ai décidé de me considérer comme un minuscule lutin qui vit dans une montagne.  La montagne est ma maison et le temps fera son oeuvre. 

PS J’ai remarqué que les écureuils avaient pris du poids depuis quelques semaines.

La Malva

La Destinée

Les deux dernières semaines ont été parmi les plus difficiles depuis longtemps pour moi. J’ai perdu confiance en mes capacités, j’ai douté de moi au point d’en faire de l’insomnie… j’ai remis en cause ma présence ici. Et je me réveille le matin avec une pierre au coeur. Qu’est-ce qui m’est passé par la tête de venir ici!? Un midi, j’ai croisé une amie pour le lunch. Elle est très douce et on a souvent placoté le soir tard autour d’un thé dans la cuisine. Je lui parlais de mon anxiété, de ma détresse presque : vous connaissez le symptôme de l’imposteur? L’impression qu’on va bientôt se rendre compte autour de nous que finalement on n’est pas compétent… Je crois en mes capacités, j’aime la discipline de l’histoire de l’art, mais je me sens dépassée par la charge de travail, je ne me sens pas en possession de mes moyens. Cette amie m’a écoutée, elle m’a dit qu’elle a vécu exactement la même chose lors de sa première année. L’impression d’être déroutée, toujours à bout de souffle, stressée, découragée croyant qu’elle n’y arriverait pas. Elle m’a dit qu’elle est passée au travers parce qu’elle prie, parce qu’elle s’appuie sur une sorte de force intérieure.

Aussi, elle est bouddhiste et elle en croit en la destinée. Elle m’a dit de considérer l’idée que ce que je vis en ce moment, même si c’est terriblement difficile, fait partie de ma destinée. It was meant to be. J’ai quelque chose à apprendre sur moi par cette expérience. Je suis un peu arrivée à mon point de rupture, et je pense qu’une certaine discipline spirituelle est la clé pour me remettre sur pied. Qui l’eût cru???

Je n’ai jamais été autant poussée, critiquée, remise en question, submergée de travail. La barre est d’autant plus haute que je suis la seule dans mon programme qui n’ait jamais fait de diplôme en anglais, donc tout me prend davantage de temps et ma pensée n’est pas aussi raffinée qu’en français. Pourtant, je me sens, depuis que j’ai parlé avec cette amie, dans une quête. Une sorte de quête personnelle, quoi. J’ai l’impression d’affronter mes plus grandes peurs.

Cette amie m’a aussi dit que tout revient au coeur. C’est ce qu’on a dans le coeur qui nous donne la force de continuer.

Les liens familiaux et d’amitiés sont les plus importants pour moi en ce moment. Je ne sais pas, peut-être parce que cet amour inconditionnel me permet d’être moi-même et c’est suffisant. Cette semaine, pour combattre l’anxiété qui me prend au ventre quand je me couche -je ne veux plus faire d’insomnie comme au début de la semaine… comme c’est désagréable :( – je pensais à quand j’étais petite. Comment je voyais le monde. Et j’essaie de voir mon travail ici avec les mêmes yeux. Je pense à grand-maman Brodeur, (arrière)grand-maman Duval, Dolorès. Je pense à tout cela en regardant vers le plafond où j’ai suspendu un mobile d’oiseaux en céramique blanche que j’ai depuis que je suis enfant. J’imagine que peu importe l’épreuve, quand on la trouve difficile, le défi est de lui trouver un sens.

BarbuMomNYMarathon

J’ai reçu la visite inattendue de mon chéri Romeo il y a deux semaines. Au détour d’une conversation téléphonique, nous avons spontanément acheté un billet d’avion et 2 jours plus tard mon chéri passait la fin de semaine avec moi. C’est un peu bizarre de partir d’Amsterdam et de venir passer la fin de semaine à Boston. Mais on peut remanier le budget pour nourrir notre couple! De surcroît, Romeo a expérimenté le travail dans un environnement rose.

La fin de semaine suivante, c’est ma maman qui est venue. Nous sommes allées à New York (l’autobus est un excellent environnement pour le travail, et ça m’a fait un bon 8 heures en tout de lectures tout en me laissant ma fin de semaine!) encourager mon petit frère qui faisait le marathon pour la première fois! Allez voir son blogue pour lire son récit! (www.trotteur.ca) J’étais tellement énervée quand je l’ai vu arriver de la course!

J’ai fait l’épicerie aujourd’hui : toute cette angoisse m’a coupé l’appétit et j’ai perdu un peu de poids à force de me ronger les sangs.  Alors je me suis forcée ce soir et j’ai mangé un bon gros bol de spaghetti!

Je vous embrasse, vous êtes dans mon coeur

La Malva