Archive pour février 2008

La malade, le gosse de riche et le quêteux

Suite des gougounes oranges…

J’ai croisé la responsable de mon plancher aux résidences ce soir, et elle me dit alors d’utiliser les toilettes d’un autre étage de notre édifice parce que les nôtres sont souillées de vomissures et de sang…  Alors je lui ai mentionné mon dilemme de la semaine dernière.  C’est en train de devenir sérieux.  1: eurk!  2: ouf, quelqu’un a vraiment besoin d’aide.

Je ne veux pas faire de la psycho à 5 sous, mais il me semble que de vomir visiblement dans les 4 cabinets de toilettes dans la même journée est une façon de crier très fort à l’aide, de mettre en scène sa détresse aux yeux de tout l’étage.    

Ce matin, comme il pleuvait des cordes, plutôt que d’aller à la bibliothèque des Beaux-Arts, je suis allée à celle de la faculté de Droit qui est juste en face de mon dortoir – eh oui, celle-là même où sont passés plein de présidents.  Les chaises sont incroyablement confortables.  Le soutien dorsal est flexible et ferme à la fois, toutes les parties peuvent pivoter, s’incliner selon les mouvements du corps.  Wow!  Ce soir, j’ai soupé dans un petit café en avançant mes lectures pour un cours d’art japonais.  Il s’est avéré que le coin que j’ai choisi est aussi celui des semi-itinérants qui trainent dans Harvard Square – qui s’est d’ailleurs vidé de ses sympa lieux de rassemblement pour être envahi par les banques!  J’ai bu mon thé, mangé mon bol de riz et mon brownie tranquille, en surlignant frénétiquement mes feuilles, mon i-pod vissé sur les oreilles.  L’un des convives assis près de moi m’a demandé ce que je lisais lorsqu’en se relevant il a poussé involontairement ma chaise.  C’est toujours un peu inconfortable ce genre de situation, surtout pour une fille toute seule.  Mais finalement pas tant que ça.  Je lui ai répondu que je lisais sur l’art japonais.  Il m’a demandé alors plein d’étonnement: tu comprends le japonais?  J’ai souri, je l’ai trouvé sympa.  Je lui ai dit que non en riant.  Et il s’est dirigé en titubant vers les toilettes.  

Voilà ma journée, entre la prestigieuse (prétentieuse?) faculté de droit, remplie – entre autres – de gosses de riches qui ne connaîtront probablement jamais qu’un monde sans misère matérielle, et le café du coin où viennent socialiser les quêteux du square.  J’espère n’instrumentaliser ni l’un, ni l’autre, mais je suis heureuse de vivre entourée des deux, de ne pas trop m’enfermer dans un monde bourgeois, parce que ce serait ridicule de me priver du plaisir d’échanger quelques mots avec quelqu’un qui me fait l’honneur de s’intéresser à moi et de me procurer un sourire de surcroît.  

D’ailleurs le Mr Ménage de mon étage (celui qui m’a servi de thérapeute la session dernière, vous vous rappelez?), depuis qu’il sait que c’est moi qui s’occupe d’aller chercher le New York Times, le dépose devant ma porte chaque matin, comme ça je n’ai pas à sortir dehors en pantouffles.   Que dites-vous de cela?

La misère n’est pas toujours où on l’attend.  Entre les étudiants troublés, malades, sur-caféinés (ou sur quelle autre substance encore?), le sympa quêteux du coin et le merveilleux Mr Ménage de mon immeuble, je ne sais pas trop quelle est la leçon, mais j’essaie de garder mes deux pieds sur le plancher des vaches.  

Ciao!

LaMalva

Des gougounes qui me regardent

Il était 1h20 du matin, après une longue journée de travail, j’étais à faire mon pipi du soir avant d’aller prendre ma douche.  C’est d’abord l’odeur qui m’a intriguée, puis les sons.  La personne dans le cabinet de toilette à côté de moi vomissait, assez discrètement cependant.  J’ai penché la tête, j’ai vu ses gougounes sous le mur: des gougounes oranges de Mickey Mouse. 

Je vis sur un plancher de filles dans le début vingtaine, toutes perfectionnistes, toutes vivant beaucoup de pression et de stress.  Voilà un beau terreau pour les troubles anxieux et de l’alimentation.  Qu’en est-il de la fille aux gougounes oranges?

Je n’ai pas attendu qu’elle sorte des toilettes pour voir de qui il s’agissait – je connais tout le monde sur mon étage, bien entendu.  Et il était 1h20 du matin et j’avais hâte de me coucher.  Je suis plutôt aller prendre ma douche pour réfléchir à tout cela, parce qu’à vrai dire, je n’étais pas certaine de ce que je devais faire.  Est-il vrai qu’il y a certaines choses qui ne nous regardent pas?  

Puis j’ai repensé à une entrevue que j’ai entendue hier à la radio de Radio-Can avec un jeune homme qui racontait les années de torture physique et morale innommable, constante, que lui a fait subir son père-bourreau.  Le garçon, qui avait mon âge, a répondu, à l’animatrice qui lui demandait si de telles situations étaient toujours possibles aujourd’hui, que ce serait que de jouer à l’autruche que de penser que non.  Que ce qui assure que de telles situations perdurent même aujourd’hui, c’est aussi notre habitude de se dire que “ça ne nous regarde pas”.  

Je repensais à cela et je me disais que ces gougounes me regardaient…   Que si quelqu’un sur mon étage souffre ça me regarde.  Maintenant, c’est une chose d’être regardée, c’en est une autre de savoir quelle action prendre.  Pour l’instant, je vais porter attention aux pieds de mes voisines, jusqu’à revoir ces gougounes oranges.  Et probablement profiter d’un moment calme où l’on se croisera pour lui demander comment elle va, comment va sa santé.  Dois-je lui parler de ce que j’ai entendu, de mon inquiétude pour sa santé?  Comment considérer que ça me regarde, sans briser l’intimité de quelqu’un.  En y pensant, pour l’instant, j’ai l’impression que lorsque la santé – physique et mentale – de quelqu’un est concernée, c’est correct de transgresser un peu la vie privée de quelqu’un.  Parce que ça nous regarde, j’imagine.  

 La Malva

Un petit bout de parapluie

J’ai pratiquement terminé la mission “110 livres”.  Je viens de réaliser que c’est pratiquement mon poids… en livres.  Haha!  Quelle métaphore!  J’avais mon poids en livres dans ma bibliothèque.  (bon ok, je pèse quand même quelques livres de plus… ;) )   Tranquillement, chaque jour, je suis soulagée de quelques uns, jusqu’à pouvoir épousseter les tablettes.  Ça me rappelle une expo présentée ici il y a quelques mois, de Felix Gonzales-Torres.  Certaines de ses meilleures oeuvres sont des tas de bonbons.  La consigne est donc de placer dans le musée un gros tas de bonbons emballés dans des papiers brillants bleus, par exemple.  Et ce tas doit avoir disons 62 kg., soit un poids moyen pour un être humain.  Et nous pouvons ramasser l’un des bonbons du tas, le garder dans notre poche, le donner à quelqu’un, ou bien le manger.  Il y a quelque chose de très prenant, je trouve, dans ces tas de bonbons brillants, durs et sucrés, qui pèsent autant qu’un humain, comme autant de fragments évanescents de soi.  C’est ce qu’étaient les livres dans ma bibliothèque, je crois. 

Que de soucis je me fais avec les cours… Je pense chaque matin en me levant à un des quatre travaux que j’ai remis et dont je n’ai pas encore reçu la note encore.  J’ai presque honte de ce travail!  Et je n’arrive pas à me l’enlever de la tête.  Je vous jure que j’essaie.  Je fais de la méditation, du yoga…  Au moins j’ai arrêté de perdre du poids à cause du stress, j’ai même repris les kilos perdus à l’automne grâce à des merveilleuses céréales super santé en forme… de coeurs!  Mioum!  Ce qui est le plus bizarre avec mes cours de la session dernière, c’est que celui qui n’était pas du tout dans mon champ de spécialisation (art ottoman) a finalement constitué la meilleure expérience!  J’ai eu beaucoup de plaisir à faire le travail final, et je suis en amour avec la prof!  Elle est d’une telle grâce, et de surcroît elle est une sommité mondiale!  C’est rare que je rencontre quelqu’un dont j’admire à la fois le travail intellectuel ET la personnalité.  Bref, je l’ai croisé récemment et elle a adoré mon travail, l’a dit à ma directrice de recherche, et m’a donné plein de commentaires constructifs.  C’est probablement la pression en moins qui m’a aidé dans ce cours… Mais call me crazy (encore!), je n’arrive tout de même pas à m’enlever la honte de l’autre travail de la tête.  Je pense que je souffre du syndrôme de l’imposteur – BIG time!  

 J’ai une semaine de fou devant moi, et tout réside dans l’art de ne pas le devenir soi-même. C’est toujours la “shopping week” qui bat son plein.  Je dois faire ma sélection de cours d’ici mercredi.  Et j’ai déjà une présentation à faire jeudi qui vient sur un LIVRE de Freud!  Ah, pourquoi ma main s’est levée en classe pour me porter candidate pour cette présentation devant un super prof allemand d’art contemporain???  Il a juste donné le titre du texte à commenter, je croyais que c’était un article. Il s’est finalement avéré qu’il s’agit d’un livre de 236 pages!  De Freud!  Ça m’apprendra! 

Demain, je vais assister à un cours d’estampes japonaises, et d’art contemporain africain, avant d’aller à mon cours de yoga indien puis de participer au souper du Nouvel An chinois sur mon étage.  Ah oui, et je dois demander de l’aide demain matin à un prof pour trouver un cours d’Allemand à Amsterdam (où l’on parle néerlandais, mais où mon chéri habite!).  Mélangée la fille!

La tempête de neige du Québec était à Boston déferlante de pluie… Transformant le corridor de mon étage aux résidences en champ de parapluies!

parapluies

 

Bonne semaine à tous…

 LaMalva