Suite des gougounes oranges…
J’ai croisé la responsable de mon plancher aux résidences ce soir, et elle me dit alors d’utiliser les toilettes d’un autre étage de notre édifice parce que les nôtres sont souillées de vomissures et de sang… Alors je lui ai mentionné mon dilemme de la semaine dernière. C’est en train de devenir sérieux. 1: eurk! 2: ouf, quelqu’un a vraiment besoin d’aide.
Je ne veux pas faire de la psycho à 5 sous, mais il me semble que de vomir visiblement dans les 4 cabinets de toilettes dans la même journée est une façon de crier très fort à l’aide, de mettre en scène sa détresse aux yeux de tout l’étage.
Ce matin, comme il pleuvait des cordes, plutôt que d’aller à la bibliothèque des Beaux-Arts, je suis allée à celle de la faculté de Droit qui est juste en face de mon dortoir – eh oui, celle-là même où sont passés plein de présidents. Les chaises sont incroyablement confortables. Le soutien dorsal est flexible et ferme à la fois, toutes les parties peuvent pivoter, s’incliner selon les mouvements du corps. Wow! Ce soir, j’ai soupé dans un petit café en avançant mes lectures pour un cours d’art japonais. Il s’est avéré que le coin que j’ai choisi est aussi celui des semi-itinérants qui trainent dans Harvard Square – qui s’est d’ailleurs vidé de ses sympa lieux de rassemblement pour être envahi par les banques! J’ai bu mon thé, mangé mon bol de riz et mon brownie tranquille, en surlignant frénétiquement mes feuilles, mon i-pod vissé sur les oreilles. L’un des convives assis près de moi m’a demandé ce que je lisais lorsqu’en se relevant il a poussé involontairement ma chaise. C’est toujours un peu inconfortable ce genre de situation, surtout pour une fille toute seule. Mais finalement pas tant que ça. Je lui ai répondu que je lisais sur l’art japonais. Il m’a demandé alors plein d’étonnement: tu comprends le japonais? J’ai souri, je l’ai trouvé sympa. Je lui ai dit que non en riant. Et il s’est dirigé en titubant vers les toilettes.
Voilà ma journée, entre la prestigieuse (prétentieuse?) faculté de droit, remplie – entre autres – de gosses de riches qui ne connaîtront probablement jamais qu’un monde sans misère matérielle, et le café du coin où viennent socialiser les quêteux du square. J’espère n’instrumentaliser ni l’un, ni l’autre, mais je suis heureuse de vivre entourée des deux, de ne pas trop m’enfermer dans un monde bourgeois, parce que ce serait ridicule de me priver du plaisir d’échanger quelques mots avec quelqu’un qui me fait l’honneur de s’intéresser à moi et de me procurer un sourire de surcroît.
D’ailleurs le Mr Ménage de mon étage (celui qui m’a servi de thérapeute la session dernière, vous vous rappelez?), depuis qu’il sait que c’est moi qui s’occupe d’aller chercher le New York Times, le dépose devant ma porte chaque matin, comme ça je n’ai pas à sortir dehors en pantouffles. Que dites-vous de cela?
La misère n’est pas toujours où on l’attend. Entre les étudiants troublés, malades, sur-caféinés (ou sur quelle autre substance encore?), le sympa quêteux du coin et le merveilleux Mr Ménage de mon immeuble, je ne sais pas trop quelle est la leçon, mais j’essaie de garder mes deux pieds sur le plancher des vaches.
Ciao!
LaMalva

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