Il était 1h20 du matin, après une longue journée de travail, j’étais à faire mon pipi du soir avant d’aller prendre ma douche. C’est d’abord l’odeur qui m’a intriguée, puis les sons. La personne dans le cabinet de toilette à côté de moi vomissait, assez discrètement cependant. J’ai penché la tête, j’ai vu ses gougounes sous le mur: des gougounes oranges de Mickey Mouse.
Je vis sur un plancher de filles dans le début vingtaine, toutes perfectionnistes, toutes vivant beaucoup de pression et de stress. Voilà un beau terreau pour les troubles anxieux et de l’alimentation. Qu’en est-il de la fille aux gougounes oranges?
Je n’ai pas attendu qu’elle sorte des toilettes pour voir de qui il s’agissait – je connais tout le monde sur mon étage, bien entendu. Et il était 1h20 du matin et j’avais hâte de me coucher. Je suis plutôt aller prendre ma douche pour réfléchir à tout cela, parce qu’à vrai dire, je n’étais pas certaine de ce que je devais faire. Est-il vrai qu’il y a certaines choses qui ne nous regardent pas?
Puis j’ai repensé à une entrevue que j’ai entendue hier à la radio de Radio-Can avec un jeune homme qui racontait les années de torture physique et morale innommable, constante, que lui a fait subir son père-bourreau. Le garçon, qui avait mon âge, a répondu, à l’animatrice qui lui demandait si de telles situations étaient toujours possibles aujourd’hui, que ce serait que de jouer à l’autruche que de penser que non. Que ce qui assure que de telles situations perdurent même aujourd’hui, c’est aussi notre habitude de se dire que “ça ne nous regarde pas”.
Je repensais à cela et je me disais que ces gougounes me regardaient… Que si quelqu’un sur mon étage souffre ça me regarde. Maintenant, c’est une chose d’être regardée, c’en est une autre de savoir quelle action prendre. Pour l’instant, je vais porter attention aux pieds de mes voisines, jusqu’à revoir ces gougounes oranges. Et probablement profiter d’un moment calme où l’on se croisera pour lui demander comment elle va, comment va sa santé. Dois-je lui parler de ce que j’ai entendu, de mon inquiétude pour sa santé? Comment considérer que ça me regarde, sans briser l’intimité de quelqu’un. En y pensant, pour l’instant, j’ai l’impression que lorsque la santé – physique et mentale – de quelqu’un est concernée, c’est correct de transgresser un peu la vie privée de quelqu’un. Parce que ça nous regarde, j’imagine.
La Malva
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