Archive pour mai 2008

Ma vie en un jour

J’ai l’impression de vivre dans le film Le jour de la marmotte…  Je suis coincée dans une boîte temporelle qui se répète à chaque jour.  On avait réécouté le film, Romeo et moi, l’an dernier, sur le canapé à Amsterdam.  Un théoricien Libanais était de passage au Rijskakademie et avait suggéré ce film - question de réfléchir sur l’espace-temps.  Romeo, en grand artiste cultivé et reclus, n’avait pas vu la pièce Bill Murayienne.  À moi, donc, de parfaire sa culture populaire.  J’avais vu le film au ciné, avec des amis du secondaire.  À l’époque, il était de bon ton de payer une entrée, mais de se faufiler de salle en salle pour en voir d’autres.  On vivait comme on pouvait j’imagine.

Bref, je vis dans le Jour de la Marmotte… jusqu’à mardi du moins.  Je pars dans moins de 2 jours à Dakar.  Je n’y comprends rien.  Je suis toujours dans mon bureau, avec un travail à terminer qui me pend au bout du nez.  Et puis des examens, des travaux longs à écrire…  Enfin, j’imagine que je ferai tout d’ici le 20 mai.

Mais j’aurai ma brèche dans le temps, mon escapade en dehors de mon jour de la marmotte.  Mon frère Martin m’a dit une grande parole aujourd’hui: quand on a trop de travail, on vit dans l’instant présent.  Voilà, je suis forcée de vivre l’ici maintenant sinon je vais me mettre à paniquer (comme je l’ai fait la session dernière).  Trop de travail, c’est trop compliqué, trop difficile.

Et puis soudain on se dit: tout cela n’est rien.  Tout cela n’est que du vent.

Voilà mon guide de survie, alors que ma première à Harvard s’achève.  Me détacher de Harvard.  Parce que ces idées de grande université ne m’ont pas aidée à traverser les doutes profonds qui m’ont rendu la vie difficile.  Au contraire, moins je pense que c’est important Harvard, mieux je me sens.  Quel grand bien ça me fait, à tout dire!  Quelle libération!  Et puis je peux me concentrer sur mon travail.  Quand j’angoisse, maintenant, je me dis que rien de tout cela n’est important.  Que je peux flotter au dessus de tout cela.  Je ne pense pas à une carrière, aux bourses à demander l’an prochain, à mon dossier, à ceci, à cela.  Je me dis que je dois vivre ma vie avec grâce.  Et suivre mon destin.  Ne pas me limiter avec des plans.  On verra bien où la vie me mènera.

Je manque de sommeil, les dernières semaines ont été difficiles.  Les nuits de plus de 6 heures n’existent plus.  Quatre doit bien être la moyenne.  Je dormirais bien une semaine, sans me réveiller.  Voilà pourquoi tout devient si intense: c’est un état de survie.  Et en état de survie, ce qui nous sauve, c’est de se détacher de ce qui vient, et même de ce qui arrive.  Ne reste plus que soi, et sa tête pleine d’images, de pensées.

Et les étudiants en droit qui ont transformé ma patinoire que je voyais depuis ma chambre en… terrain de volleyball de plage.  Adieu poésie de glace, bonjour musique gossante et hot-dog pendant que j’étudie dans ma chambre.  Quelqu’un a même planté une tente, que j’ai découverte en me levant tôt un dimanche matin.  La photo est prise depuis la cuisine alors que je me préparais un café.  Suis-je vraiment réveillée?

Tente

Je regrette maintenant de ne pas avoir documenté la pousse miraculeuse du gazon.  Il y a deux semaines, tout n’était sur le campus que terres brunes déséchées.  Puis, un matin très tôt, ils ont tout recouvert d’une substance blue poudreuse.  Harvard Yard était bleu!  Et aujourd’hui… L’herbe a poussé partout, dense, verte fluo.   Je n’irai plus jamais m’asseoir sous un arbre devant la Law School pour lire les chaudes journées d’automne.  F-i-i-n-i-i.

La Malva


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