Les bleus se sont fait massacrer…
C’est la fièvre du foot qui envahit l’Europe. Après un retournement inespéré des Turcs qui ont fait pousser des drapeaux à toutes les voitures qui klaxonnaient dans les rues de la ville. Romeo et moi nous y sommes mis aussi.
Bière pour monsieur, liqueur à la lime pour madame, nous nous sommes installés avec plat de fraises devant l’écran. Romeo crie “Allez les bleus” pendant que je décide de soutenir les valeureux Néerlandais, question de rendre hommage à notre ville d’accueil. La ville s’est d’ailleurs couverte d’orange, la couleur nationale. C’est fou ce que le foot peut faire pour l’orgueil du pays.
Et dans le cas qui nous occupe, c’est un orgueil mérité. Quel massacre! Les bleus se sont fait humilés par les Dutch qui n’en ont fait qu’une bouchée. Ils sont grands, polis, rasés et maigres. Les Italiens nous avaient semblés plutôt fougueux, et le guardien… quelle gueule! Sans parler du drôle de coach des Grecs. Mais les Français, quelle débandade!
Nous avons clos la soirée avec du maquereau fumé – enfin, j’ai fait ma part pour honorer ce mets typique puisque Romeo n’est pas friand de ce type de poisson.
Pour nous remettre des émotions des soirées foot, des amis d’Amsterdam nous ont invités à nous évader avec eux en ce beau dimanche après-midi dans les bois de Haarlem qui bordent la mer. On y trouve toujours des abris datant de la deuxième guerre, enfouis dans le sable des dunes. Mangeant de bons sandwich au thon préparés par notre chauffeur, des cerfs se sont approchés, calmes. Il ne doit plus y avoir beaucoup de jeunes pousses dans cette forêt foisonnante de cervidés bien trop acclimatés à notre présence.
Je lis présentement “Une femme à Berlin”. Le récit, anonyme, est tiré du journal véritable d’une Berlinoise captive d’une ville envahie au printemps 1945 par l’armée rouge. Le texte, tabou en Allemagne jusqu’à tout récemment, est celui de la survie des Berlinoises, incessamment violées par les soldats russes, certaines s’adjoignant un officier “ennemi” afin de s’éviter les agressions à répétition. On cachait les jeunes filles convoitées dans les greniers, cachait l’alcool qui rendait les soldats fous, tâchant de subir l’inévitable en échange d’un peu de nourriture. La guerre est horrible, et il n’y a pas que les soldats qui l’ont faite.
Départ pour la Tunisie: samedi soir. J’ai hâte de regarder la mer, les couchers et levers de soleil, d’écrire tranquillement, de bien manger. Et de célébrer mes 5 ans avec mon Romeo. Déjà… comme le temps passe. Et Harvard qui m’a laissé quelques cheveux blancs et des rides autour des yeux.
Ici, on parle aussi des excuses adressées par le gouvernement canadien aux enfants autochtones placés de force dans des pensionnats, humiliés, violentés, aculturés, abusés. Au fond, que connaissons-nous des Amérindiens? Nous partageons le territoire, et leur invisibilité est probante. Que savons-nous vraiment? Ne pourrions-nous pas apprendre le Mohawk, ou le Montagnais à l’école?
Les Berlinoises de 1945 ont subi la guerre en se faisant passer sur le corps, pendant des semaines, par les soldats rouges; les Autochtones des pensionnats ont craint leurs gardiens qui, dans l’isolement des murs de leurs institutions parrainées par le gouvernement canadien, ont subi l’abus, physique, sexuel, psychique. Pourtant, on omet d’écrire ces histoires. Quelle histoire nous a-t-on enseignée, à qui profitent tous ces oublis?
La Malva







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