Archive pour juin 2008

Des bleus au coeur

Les bleus se sont fait massacrer…

C’est la fièvre du foot qui envahit l’Europe. Après un retournement inespéré des Turcs qui ont fait pousser des drapeaux à toutes les voitures qui klaxonnaient dans les rues de la ville. Romeo et moi nous y sommes mis aussi.

Bière et Cooler... Les Bleus sont toujours vivants

Bière pour monsieur, liqueur à la lime pour madame, nous nous sommes installés avec plat de fraises devant l’écran. Romeo crie “Allez les bleus” pendant que je décide de soutenir les valeureux Néerlandais, question de rendre hommage à notre ville d’accueil. La ville s’est d’ailleurs couverte d’orange, la couleur nationale. C’est fou ce que le foot peut faire pour l’orgueil du pays.

Rien à faire, les Bleus sont morts

Et dans le cas qui nous occupe, c’est un orgueil mérité. Quel massacre! Les bleus se sont fait humilés par les Dutch qui n’en ont fait qu’une bouchée. Ils sont grands, polis, rasés et maigres. Les Italiens nous avaient semblés plutôt fougueux, et le guardien… quelle gueule! Sans parler du drôle de coach des Grecs. Mais les Français, quelle débandade!

Maquereau fumé

Nous avons clos la soirée avec du maquereau fumé – enfin, j’ai fait ma part pour honorer ce mets typique puisque Romeo n’est pas friand de ce type de poisson.

Pour nous remettre des émotions des soirées foot, des amis d’Amsterdam nous ont invités à nous évader avec eux en ce beau dimanche après-midi dans les bois de Haarlem qui bordent la mer. On y trouve toujours des abris datant de la deuxième guerre, enfouis dans le sable des dunes. Mangeant de bons sandwich au thon préparés par notre chauffeur, des cerfs se sont approchés, calmes. Il ne doit plus y avoir beaucoup de jeunes pousses dans cette forêt foisonnante de cervidés bien trop acclimatés à notre présence.

Les bois d\'Haarlem

Je lis présentement “Une femme à Berlin”. Le récit, anonyme, est tiré du journal véritable d’une Berlinoise captive d’une ville envahie au printemps 1945 par l’armée rouge. Le texte, tabou en Allemagne jusqu’à tout récemment, est celui de la survie des Berlinoises, incessamment violées par les soldats russes, certaines s’adjoignant un officier “ennemi” afin de s’éviter les agressions à répétition. On cachait les jeunes filles convoitées dans les greniers, cachait l’alcool qui rendait les soldats fous, tâchant de subir l’inévitable en échange d’un peu de nourriture. La guerre est horrible, et il n’y a pas que les soldats qui l’ont faite.

Départ pour la Tunisie: samedi soir. J’ai hâte de regarder la mer, les couchers et levers de soleil, d’écrire tranquillement, de bien manger. Et de célébrer mes 5 ans avec mon Romeo. Déjà… comme le temps passe. Et Harvard qui m’a laissé quelques cheveux blancs et des rides autour des yeux.

Ici, on parle aussi des excuses adressées par le gouvernement canadien aux enfants autochtones placés de force dans des pensionnats, humiliés, violentés, aculturés, abusés. Au fond, que connaissons-nous des Amérindiens? Nous partageons le territoire, et leur invisibilité est probante. Que savons-nous vraiment? Ne pourrions-nous pas apprendre le Mohawk, ou le Montagnais à l’école?

Les Berlinoises de 1945 ont subi la guerre en se faisant passer sur le corps, pendant des semaines, par les soldats rouges; les Autochtones des pensionnats ont craint leurs gardiens qui, dans l’isolement des murs de leurs institutions parrainées par le gouvernement canadien, ont subi l’abus, physique, sexuel, psychique. Pourtant, on omet d’écrire ces histoires. Quelle histoire nous a-t-on enseignée, à qui profitent tous ces oublis?

La Malva

Romeo mon héros

Ce n’est pas dans mes habitudes, mais j’étais si heureuse de lire la critique de Jérôme Delgado publiée dans Le Devoir de cette fin de semaine du travail que Romeo présente ces jours-ci au Musée d’Art Contemporain de Montréal que je vous en copie un extrait:

“L’exception, et coup de coeur de toute l’expo pour plusieurs, concerne les photos et l’installation vidéo de Gongora. Les portraits grand format à travers lesquels Rui, Nico, Glen et d’autres prisonniers accusés d’homicide ou de violence se mettent à nu ont certes un aspect troublant et poignant. Aussi, le dispositif vidéo est soigné, faisant alterner les témoignages entre de lents fondus au noir et des bruits rappelant la réalité de leur monde. Un monde qui demeure de l’ordre de l’irréel, de l’imaginaire, à l’instar de l’identité même de ces individus.”

Expo Romeo _ Le Devoir

Vous avez remarqué le “coup de coeur de toute l’expo pour plusieurs”?  Et la photo accompagnant l’article est de Romeo (merci à ma maman pour le scan).  Ça fait du bien au moral tout ça, surtout que ça fait suite à d’autres bonnes critiques publiées dans le Voir, notamment.

Je suis en un morceau à Amsterdam, j’ai ma vieille bécane et mon petit bureau de travail dans l’atelier de Romeo.  En quelques minutes, tout m’est revenu: les lieux, les odeurs, même les emplacements des fromages à l’épicerie.  C’est comme si je n’étais jamais partie…  Et on peut acheter du vin n’importe où sans devoir montrer son passeport pour prouver son âge comme à Boston.  Non mais!  Me voici moins insultée.

La Malva

La dispersion des cieux

Au large de l’océan Atlantique, j’ai marché sur l’île de Gorée. Le passé esclavagiste de cette enclave de terre rocheuse, alors cernée de requins attirés par le sang des Yoruba sautant des bateaux pour ne pas atteindre l’Amérique, est réduit à une carte postale. Mes pieds trainant sur le sol se souillent rapidement du sable qui envahit tout. Les pieds rouges on atteint le petit sommet de la colline, au bout de l’île. Les conversations s’effacent dans ma mémoire. Ne me reste que le son du djembé d’un garçon assis au bout du rocher, et le souvenir d’un chat maigre marchant au seuil de l’île aux esclaves où maintenant les petits jouent au foot dans des nuages poudreux. Le soleil descend sur Dakar et les flots de la mer attrapent tant de cette lumière transversale que tout m’éblouit.

Aujourd’hui je vole entre Montréal et Philadelphia et je voudrais sauter dans cette mer de nuages comme une Yoruba pour ne jamais atteindre les états-unis.

Une vie ne tient jamais dans une valise. Avant de partir à Dakar, questionnée sur la sécurité au Sénégal, notre professeure nous avait conseillé – à titre de principe général – de ne rien apporter dont nous regretterions la perte. La seule chose à laquelle j’ai pu penser était mon alliance. Je l’ai laissée sur le coin de mon bureau; or, à tout moment un geste involontaire de mon pouce gauche palpant mon annulaire me rappelait son absence. J’ai réalisé que ce n’est pas à cet anneau de métal que je tenais, mais à sa présence ronde et solide autour de mon doigt qui me rappelle que mon chéri est quelque part au monde. Je crois maintenant que je ne regretterais la perte d’aucun objet. Il y a des présences qui échappent au matériel.

Alors me voici entre deux cieux, dans un avion pris dans un nuage gris. Quand j’étais petite, je faisais souvent ce rêve où je tombais dans un bassin rempli de boules d’ouate. Cette ouate est ici turbulence… Je pense à l’hiver, à une soirée passée dans la cour d’entrée, sous un lampadaire brillant qui m’obnubile. Coincée dans un habit étroit et déjà humide, je me laisse tomber dans le banc de neige, laissant les gros flocons heurter mon visage en le piquant. Tous les espaces sont condensés dans cet éternel blanc.

La Malva